Le roman Lettres it be, part. 4

Le roman Lettres it be, part.4
Le roman Lettres it be, part.4

La quatrième partie du roman Lettres it be est en ligne. On attend vos avis ! 

 

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

 

 

15 février / Une soirée

 

 

Le soleil se fait timide, la fraîcheur envahit notre pavillon faussement bourgeois, inutilement décoré, normalement meublé. Un soir de fin d’hiver comme les autres, juste après que le soleil a joué à cache-cache avec nos humeurs. Tout ça pour cette fraîcheur nocturne et cette humidité poisseuse qui se font encore plus présentes. Affalé dans le canapé, je m’apprête à terminer mon bouquin entamé la veille. Une banale histoire policière, une intrigue qui ne casserait pas trois pattes à un cul-de-jatte. Je lève la tête. Roxanne me regarde, inquisitrice.

 

 

 

 

"- Qu'est-ce qu'il y a à la télé ce soir ?

 

- Bouarf ... un film qu'on a déjà vu, tu sais sur les robots qui se font latter la gueule par Bruce Willis et son équipe, là.

 

- Ah, et à part ça ?

 

- Aucune idée, t'as qu'à regarder ce qui te plaît

 

- Qu’est-ce qu’il y a ? T’as l’air énervé. Mauvaise journée ?

 

- Non, non pourquoi tu dis ça ?

 

- Tu vois bien, tu me réponds mal là !"

 

C’est une pyromane. Roxanne est définitivement une pyromane. Elle sait faire feu de tout bois avec mon âme en charbon. Une phrase, une insinuation, une intonation et je m’enflamme à la Jeanne d’Arc. Elle le sait, c’est évident. Aucune quiétude, même chez moi. Et pourtant, qu’est-ce que je ferais sans elle ? A manger, sûrement. Je suis retenu par la laisse rapiécée et distendue de la lâcheté discrète à bas coût, celle qui vous pousse à penser d’abord à vos intérêts du moment, d’abord à votre gueule. Qu’importe autrui. Je pourrais partir, n’importe quand. Une fois, je l’ai vu dans un film, le gars est parti et ça a semblé très bien se passer. Mais qui fera mes lessives ?

 

 

 

 

 

 

J’ai toujours ce regard en tête. La petite musique que me procure son visage. Malgré tout. Le temps a passé, l’ennui s’est agrippé à notre vie, tenace. Et pourtant, parfois, ses deux yeux, sa fine bouche, ses joues remontées, son visage finalement peu féminin, ses cheveux qui tombent -nonchalamment sur sa poitrine lorsqu’elle est à vue … J’ai parfois cette étincelle qui revient. Faible. Mais là. Et pourtant.

 

 

 

 

 

Comme une rengaine. La douce mélodie de l'ennui. Qu'on se le dise, il ne m'arrivera rien d'extraordinaire dans cette vie, c'est évident. J'ai lu trop de bouquins qui font d'un destin une véritable épopée, j'ai vu trop de films qui transforment un quotidien en une logorrhée d'aventures. Attention, je laisse la dépression et autre burn-out aux Argan abonnés aux revues de médecine douce. Les fadas de l'infusion au ginseng. La dépression c'est l'excuse de celui qui n'attend plus rien. Moi, je suis le Monsieur moyen. J'ai été jeune, j'ai aspiré à de grandes choses mais, finalement, toutes ces évolutions ne mènent qu'à un cadre dans lequel nous sourions tous timidement sur la photo de famille. Et je tire même un profond plaisir à m'encrasser dans ça. Une lucidité puante, mais tout le monde a droit à sa part de merde. Partageons le mauvais plat plutôt qu’attendre le dessert pas prévu au menu. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Combien de destins de gens ayant parcouru le globe à la recherche du frisson ultime ? Combien d'histoires d'amour démesurées entre un PDG richissime et une midinette débarquée ? "Il n'est jamais trop tard pour un tour du monde", "A quand l'amour ?", "Retrouvez votre corps de jeunesse" ... Tout cela ne sert plus qu'à raviver une flamme qui meure lentement en chacun de nous. A faire bander les agonisants. Mais quelle belle agonie. Non, en plus, j'ai connu cette flamme. Je me suis brûlé à sa chaleur. Ca revient parfois comme ça dans mon esprit, ce pus qui ne quitte jamais la plaie. Je suis un lâche au cœur d’archi-chaud. Métastase de l'âme. C'était il y a 5 ans. Nathalie. Brune, gros seins, pas forcément très sensuelle mais foutrement intelligente, et en couple. Une ancienne amie d’études. Un contact perdu, puis retrouvé par la Toile. Une retrouvaille autour d'un verre. Un second échange, puis finalement un quatrième rendez-vous qui aboutira dans les draps sales de son 21 m², suffocant tous deux, comme oppressés par l'erreur après une levrette fugace qui tenait plus du reportage animalier que des grandes heures de Rocco. Seulement quelques minutes. Lâchement, en l'absence de son copain de l'époque parti quelques jours en séminaire d'entreprise. Plus tard, elle me confiera l'espérer échoué dans une pute locale, dans le même temps que nos cavalcades. Tort partagé. Pour ma part, je partageais son envie sur le coup. Bien que Roxanne fut l’incarnation idéale de la fidélité, du moins à en juger par ce qu’elle pouvait dire à ce sujet. Dans tous les cas, je venais de rompre ce que j’avais promis au maire, comme un enfant qui mange quand même des bonbons malgré l’interdiction maternelle. Et curieusement, je n’éprouvais aucun regret. Je me tairai, voilà tout. Et j’ai vécu avec ça dans la conscience. Mentant à moi-même. Mythomane ? Rien à voir. Aucune torture de l'esprit quant à savoir si Roxanne avait pu connaître le loup ailleurs que dans la bergerie. Quand on faisait l'amour, quand on passait des moments ensemble, jamais cela ne me revenait à l'idée. J'ai toujours su mentir. Mentir ou mourir.

 

 

 

 

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