Le roman Lettres it be, part. 5

Le roman Lettres it be, part.5
Le roman Lettres it be, part.5

La cinquième partie du roman Lettres it be est disponible. N'hésitez pas à laisser votre avis en commentaire ! 

 

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie

  

 

 

15 février 2015 / Une nuit

 

 

La soirée suit son fil, dans sa pâleur habituelle. L'ennui. Ces programmes télévisés plutôt mornes, où les pantins télé-réels s'illuminent des lumières du talent sans savoir compter plus loin que la dizaine. La télécommande chauffe, d'un programme à l'autre, on oscille entre les gendarmes de la route et leur folle course-poursuite entre Maubeuge et Assevent, puis un film moyen des années 2000 reprogrammé pour la huitième fois cette année, pour s’échouer finalement sur un débat menant à savoir qui sera la meilleure recrue pour le Nîmes Olympique en vue d’accéder à la Ligue 2. Tout se ternit. Tout finit par terne.

 

 

 

 

L’heure du lit. Roxanne me suit sans trop attendre. Se laver les dents. Pisser une dernière fois. La douche attendra. Elle s’allonge près de moi, fidèle à son habitude de faire du lit un espace de conquête. Casque bleu, je me resserre le plus possible du bord. Hésitant, je l’enlace. Tout trahit mes idées. La faible érection qui se brandit dans mon boxer usé ne ment jamais. Faire l’amour. Baiser. Juste avant de dormir. La cérémonie de ces arts du corps débute. Les hauts sautent sans trop attendre. Le string de Roxanne tombe du lit après avoir lentement glissé le long de ses jambes. Quelques baisers échangés, de fugaces caresses, je la caresse brièvement afin d’assurer la pénétration, avant tout pour moi, aussi pour elle. Peu de préliminaires. Pas le temps. Pas envie. Mécanique. Elle commence par me chevaucher. Là encore, c’est affaire d’habitude : un coup elle débute, un coup je débute. Rituel immanent. Quelques minutes d’étreintes et je sens déjà la jouissance poindre. En elle depuis peu, je sens toute une énergie s’accumuler entre mes jambes. Quelque chose de difficilement contrôlable. Je tente de me contenir histoire de prolonger un peu mon plaisir. Trop tard, je jouis dans un élan d’égoïsme profond. Tant pis, je ferai mieux la prochaine fois. Son corps s’affaisse sur le mien, lourdement, comme abattue par le triste génocide qui vient de se produire entre ses cuisses. Elle a compris que les portes de l’orgasme resteront closes ce soir. Lentement, elle se retire en plaquant sa main contre son vagin. Évitons une machine à laver tant que cela est encore possible. Elle se rend aux toilettes promptement, abandonnant à leur triste sort nos potentielles progénitures. Dans le même temps, je ferme les yeux, apaisé, ma besogne faite. Vidé.

 

 

 

 

 

Je vomis sur la romance. Je crache sur la romance érotique encore plus. Le cul c’est pas ça. Le cul c’est le sperme, le sang, la sueur, les odeurs. Vendre l’idée d’un prince charmant qui n’éjacule pas dans un réflexe animal comme l’accomplissement lubrique de son propre désir, l’idée d’une femme parfaite qui n’arborerait pas ces poils fins, cette étrange tonsure barrant l’entrée de son anus, ces idées ne sont que vomi. On inonde la culotte de la ménagère à grands renforts d’idéaux fictifs et d’abdominaux saillants. La femme devient cette bête à domestiquer et enculer sans rompre comme le montre les films pornographiques. Et nous, pauvres cons, nous y croyons. Nous voulons recréer ces schémas dans notre vie de tous les jours. On attend le prince charmant. Le pire, c’est qu’on y a cru à ces idéaux. Le pire c’est qu’on ne se surprend plus à cracher allègrement dessus, mais on caresse le doux espoir d’entrer dans cette fiction infondée. Mais pendant ce combat-là, on en mène d’autres mon bon Monsieur. Oh oui, bien d’autres luttes. On instaure des quotas pour les femmes dans les hautes sphères, instiguant l’idée qu’elles ne pourraient y arriver sans cela, et dans le même temps on s’extasie devant les romances à l’eau de rance où la femme n’appelle qu’à rencontrer celui qui deviendra sa garantie sur l’avenir et la condition même de sa subsistance. Les luttes portent de plus en plus l’étendard de l’inutilité crasse et le sceau de socialement inattaquable. Comme l’aveugle qui se bat contre la lumière trop forte du soleil. J’aimerai toujours cette force du combat collectif. « Nous sommes nombreux, ma cause devient la tienne ». Je radote.

 

 

 

 

 

 

Écrire commentaire

Commentaires : 0