"Sentinelle" de Jean-Bernard Lemal : Destins croisés

Sentinelle
de Jean-Bernard Lemal

 

 

 

Fervent promoteur d’une littérature mêlant lieux improbables, destins croisés et personnages forts, Jean-Bernard Lemal prend le parti de réussir, une fois de plus, ce mélange avec son dernier livre chez IS Edition, « Sentinelle ». Entre « Tristes Tropiques » et « 99 Francs », ce roman relie des destins que tout oppose. Alors, on a aimé chez Lettres it be ?

 

 

 

// « Aka-Bô était monté sur la colline qui domine la plage de l’est. Il était presque midi. Il déplia la feuille de palmier pour en extraire le magazine puis ferma les yeux. Il entra en communion avec le vent, les nuages. Mais le ciel était sourd ce jour-là, au point que les oiseaux s’étaient tus faute de bleu. Il parlerait plus tard à Pugalat, qui devait encore dormir dans le château de verre. » //

 

 

 

# La bande-annonce

 

 

 

Aka-Bô est l’un des derniers survivants de la tribu des Sentinelles, un peuple complètement isolé qui refuse tout contact avec le reste du monde. Il lutte pour la survie de ses congénères sur l’Ile de Sentinelle, perdue au milieu de la mer.

 

 

 

Un jour, un cyclone apporte des ordures de la « civilisation » sur le rivage. Aka-Bô, qui n’en avait jamais vues, ouvre un sac et y trouve un magazine. Sur la couverture, la photo d’un homme blanc. Fasciné, il le prend pour son dieu, Pugalat, que les Anciens décrivent comme un homme à peau claire. Il décide alors de pratiquer des transes pour le faire venir sur l’île.

 

 

 

Walter Teagarden, l’homme présent sur la photo du magazine, est cadre chez WIC, l’une des plus grosses sociétés américaines de conseil. Après avoir découvert les pratiques douteuses de WIC et de sa concurrente IWS, il se rend compte que ces manœuvres cachent quelque chose de bien plus grave encore, et chercher alors le moyen de donner une leçon à tous ces gens qu’il déteste …

 

 

 

# L’avis de Lettres it be

 

 

 

Un parti-pris fort que celui de mêler des destins opposés en tous points, une écriture remarquable aux trop rares élans poétiques, un récit bien mené malgré une fin en dents de scie … De toute évidence, et pour ne pas aller par quatre chemins, « Sentinelle » est un roman qui lasse sur sa fin.

 

 

 

Les destins croisés des deux personnages centraux du roman, l’homme d’affaires en désuétude Walter Teagarden et le membre d’une tribu en agonie, ce choix d’écriture est pourtant brillant. Malheureusement, chaque personnage soufre de quelques manquements qui nuisent au schéma narratif de l’histoire. Aka-Bô n’existe que dans de courts passages qui ne laissent pas le temps de s’imprégner et de prendre toute la mesure d’une existence au sein d’une tribu qui disparaît sous les décombres de nos civilisations (l’image de ces « ordures de la civilisation » qui arrivent sur le rivage de Sentinelle est d’ailleurs bien sentie) ; Walter profite, lui, de plus longs passages, mais reste un personnage froid auquel on peine à s’identifier, bien loin du Patrick Bateman de Bret Easton Ellis ou du Octave Parango de Frédéric Beigbeder.

 

 

 

Malgré tout, ce roman se laisse lire en toute quiétude. La plume de Jean-Bernard Lemal s’aguerrit ouvrage après ouvrage, et « Sentinelle » laisse percevoir de très bonnes choses au loin. Un auteur à suivre dans ses périples livresques futurs.

 

 

 

// « Aka-Bô voyageait pour la première fois. Il ne quittait pas des yeux les étoiles, puis l’horizon. Il n’avait pas la notion de la distance qui le séparait de la terre située à l’est de Sentinelle. //

 

 

 

 

 


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