"Toutes blessent, la dernière tue" de Karine Giébel : esclave(s) du destin

Toutes blessent, la dernière tue est le dernier thriller de Karine Giébel publié chez Belfond
Toutes blessent, la dernière tue est le dernier thriller de Karine Giébel publié chez Belfond

Alors que D’ombre et de silence, le tout dernier recueil de nouvelles de Karine Giébel paru chez Belfond en octobre 2017, nous avait complètement conquis, voilà que la reine française du thriller est de retour avec Toutes blessent, la dernière tue. Une maxime latine qui n’en demeure pas moins mystérieuse avant même d’ouvrir la première des 744 pages de ce véritable monstre de papier. Inquiétant donc sur la forme, ce nouveau thriller tiendra-t-il toutes ses promesses sur le fond ? Lettres it be vous en dit un peu plus.


 

# La bande-annonce

 

 

« Maman disait de moi que j'étais un ange.
Un ange tombé du ciel.
Mais les anges qui tombent ne se relèvent jamais...
Je connais l’enfer dans ses moindres recoins.
Je pourrais le dessiner les yeux fermés.
Je pourrais en parler pendant des heures.
Si seulement j’avais quelqu’un à qui parler…
 »

 

Tama est une esclave. Elle n’a quasiment connu que la servitude. Prisonnière de bourreaux qui ignorent la pitié, elle sait pourtant rêver, aimer, espérer. Une rencontre va peut-être changer son destin…

 

« Frapper, toujours plus fort.
Les détruire, les uns après les autres.
Les tuer tous, jusqu’au dernier.
 »

 

Gabriel est un homme qui vit à l’écart du monde, avec pour seule compagnie ses démons et ses profondes meurtrissures.
Un homme dangereux.
Un matin, il découvre une inconnue qui a trouvé refuge chez lui. Une jeune femme blessée et amnésique.
Qui est-elle ? D’où vient-elle ?

 

 

« Rappelle-toi qui tu es. Rappelle-toi, vite !
Parce que bientôt, tu seras morte.
 »

 

# L’avis de Lettres it be

 

 

Dès les premières pages de ce nouveau livre de Karine Giébel, le cadre est posé : l’esclavage moderne sera le sombre héros de toute l’histoire à venir. Un sombre héros qui accueille dans ses bras l’innocente Tama, arrachée à sa famille dans l’espoir de la subsistance. De là, deux histoires parallèles vont se mettre en place et trimbaler le lecteur d’une émotion à une autre. Gabriel, Tama, bientôt Izri et d’autres … Les personnages entrent en scène chacun avec une dimension toute entière, des facettes multiples et captivantes. Mais comme souvent chez Karine Giébel, cette accumulation de détails, de situations et de personnages ne nous fait jamais perdre le fil d’une histoire qui arrive doucement mais sûrement à son terme tant attendu, et redouté.

 

Karine Giébel
Karine Giébel

Tout blanc ou tout noir. C’est de ce manichéisme (trop) courant dans le monde du thriller que s’éloigne avec brio Karine Giébel. Dans Toutes blessent, la dernière tue, ne cherchez pas les grands méchants avides de sang et les très gentils, courageux et loyaux. Sous la plume de Karine Giébel, cette facilité narrative est complément abandonnée pour laisser la place nette à une complexité bien réelle. Pour survivre, à quoi sommes-nous prêts ? L’atrocité du destin justifie-t-elle tout ? Une fois encore, notre pudeur de gazelle doit être laissée au vestiaire lorsque l’on s’embarque dans un thriller signé Karine Giébel : il y fait sombre, l’espoir est rare, la vie réelle jamais très loin.

 

 

 

C’est d’ailleurs sur ce point que nous avons été véritablement soufflés chez Lettres it be. D’une thématique sociale grave, bel et bien existante, Karine Giébel délivre une histoire complexe, sombre, qui ne s’éloigne jamais de la réalité. On ne sait sur quel pied danser, on ne sait quelle jambe entre celle de la fiction et celle de la réalité est de bois. Une immense force, que l’on retrouve également avec succès chez Olivier Norek et quelques rares autres, qui donne à ce thriller un espace d’expression qui dépasse la simple littérature noire.

 

Après avoir brillé une nouvelle fois dans l’exercice périlleux de la nouvelle, Karine Giébel propose un thriller-fleuve, un mastodonte de près de 750 pages. Une nouvelle fois, les thématiques sociales s’enchevêtrent à merveille dans une intrigue rondement menée qui pâtit rarement de la longueur de l’ouvrage et du récit. Difficile de ne pas tomber en émoi devant le sort réservé à Tama, difficile de ne pas se laisser bousculer par les différents personnages qui incarnent, chacun à leur manière, toute la complexité de l’existence. Difficile aussi de ne pas sombrer dans l’éloge mesuré avec ce nouveau livre de Karine Giébel : Lettres it be avait été dithyrambique il y a quelques mois pour D’ombre et de silence, l’enthousiasme ne retombe pas avec Toutes blessent, la dernière tue. Assurément, les amoureux de Karine Giébel en auront (encore) pour leur compte, ceux qui ne la connaissent pas encore ne peuvent même pas mesurer la chance qu’ils ont …

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