Interview de Sonja Delzongle ("Boréal" chez Denoël) : "L’échappée dans différents mondes et continents caractérise mes romans"

Sonja Delzongle publie son dernier thriller Boréal chez Denoël
Sonja Delzongle publie son dernier thriller Boréal chez Denoël

Lettres it be avait découvert Boréal, le dernier thriller de Sonja Delzongle publié chez Denoël. Complètement conquis, nous en avons profité pour poser quelques questions à l'auteure et comprendre les origines de cette histoire complexe et terriblement dépaysante ...

Bonjour et merci de prendre part à cette interview pour Lettres it be. Tout d’abord, une question terriblement basique mais indispensable : qui êtes-vous Sonja Delzongle? Que faisiez-vous avant de vous lancer dans l’écriture ?

 

Bonjour, je ne crois pas qu’il y ait de questions basiques, du moment qu’elles ont une réponse. Ce sont le plus souvent les réponses qui le sont. Je crois que je suis enfin moi-même, ce qui est peut-être une réponse basique. Mais sincère, dans la mesure, où par et dans l’écriture, je suis enfin là où je devais être et qui je devais être. Avant de me lancer dans l’écriture, je serais tentée de vous répondre que j’essuyais tout simplement les bancs de l’école. Mais si vous parlez de romans et de publications, venus plus tard, j’ai fait les Beaux-Arts et différents jobs alimentaires, comme on dit, afin de pouvoir peindre et exposer parallèlement. La dernière activité en date qui remonte à sept ans, est journaliste pigiste.

 

 

Quel a été le déclic qui vous a fait vous tourner définitivement vers l’écriture ?

 

La lecture. Ayant, par curiosité, appris à lire assez tôt, à cinq ans, j’ai tellement voyagé grâce à la lecture, tellement vibré, ressenti, appris sur le monde et sur l’humain, que j’ai souhaité à mon tour donner ce plaisir, ces émotions et cette possibilité d’évasion aux gens. Comme un chef cuisinier s’attache, au travers de son art, à procurer des sensations toujours plus fortes. Et aussi parce que je crois qu’avec les crêpes, c’est ce que je fais de mieux.

 


New-York, Saint-Malo, Chicago, l’Afrique, le Groenland … On en traverse des villes et des endroits dans vos livres ! Pouvez-vous nous dire quelques mots sur cette facette bien précise de vos thrillers ?

 

Comme vous dites justement, l’échappée dans différents mondes et continents caractérise mes romans. Changer de lieu et exporter mes intrigues ailleurs qu’en France est important pour moi. Sans doute pour mon goût des voyages, mon tempérament nomade et parce que je me sens moins à l’étroit dans mon écriture. Mais aussi parce que, au-delà du voyage et de la simple évasion, c’est la découverte de cultures, de la différence qui souvent effraie, les lieux sont des êtres à part entière, des univers particuliers qui vont déteindre sur les personnages du roman et parfois même influer sur l’histoire. 

 

 

Boréal n’échappe pas à la règle. Cette fois, vous nous amenez du côté du Groenland. Comment s’est passé votre travail d’écriture pour décrire ces endroits glacés, ces déserts gelés ?

 

Je ne sais pas si c’est une règle, je n’aime pas trop ce mot, ou alors pour l’enfreindre, en tout cas c’est une récurrence. Depuis l’enfance et l’adolescence, j’ai été nourrie de lectures et de films sur le Grand Nord, avec Jack London, notamment, un de mes auteurs culte. Mais je me suis documentée en vue d’écrire ce roman. On ne part pas pour un si long voyage ni aussi loin sans un minimum de connaissances préalables. Mon inconscient a certainement emmagaziné, stocké, puisque c’est le mot à la mode, des informations, des sensations qui se sont mêlées à mon imaginaire qui, par chance, est puissant. Quand j’écris, je vois. Je vois tout. C’est comme si j’y étais et comme si je vivais tout ce que ressentent et vivent les personnages. C’est épuisant…mais incroyablement stimulant.

 

 

Qu’est-ce qui a pu vous pousser à installer votre histoire au Groenland ? Une envie de vous rapprocher, le temps d’un livre, des thrillers nordiques ?

 

Ce n’est pas du tout pour coller à l’air du temps en matière de thrillers nordiques, non. A la différence de mes autres écrits, ce roman était en moi. Il m’habitait. Je ne saurais pas l’expliquer avec des mots précis, mais c’est une rencontre presque mystique. Existentielle. Ce roman est essentiel. Dans la mesure où il touche à l’essence de la vie, de l’humanité, du monde. J’ai donc voulu un cadre extrême, un environnement d’une hostilité absolue, pour montrer ce dépassement de soi. 

Découvrez la chronique Lettres it be pour Boréal, le dernier thriller de Sonja Delzongle
Découvrez la chronique Lettres it be pour Boréal, le dernier thriller de Sonja Delzongle

Le genre du thriller semble porter aujourd’hui de plus en plus de marqueurs sociaux. On l’a vu, par exemple, avec le dernier succès d’Olivier Norek, Entre deux mondes publié chez Michel Lafon, à propos de la crise des migrants à Calais. Doit-on voir cela dans Boréal ? Doit-on y voir, par exemple, une connotation écologique avec cette image d’une Terre meurtrie prête à se venger ?

 

Il y a une thématique forte dans tous mes romans. C’est, d’ailleurs, le propre des romans, enfin je le pense. Surtout des romans noirs. Un roman aborde magistralement cette notion écologique avec une idée de la Terre qui se vengerait en prenant le dessus et en reprenant ses droits, Abysses de Frank Schatzing. Un roman de plus de 1500 pages, presque un traité politico-socio-écolo, passionnant, un chef d’œuvre du genre. Dans Boréal cette idée est moins flagrante, mais on la perçoit malgré tout. La menace plane. Dire si c’est la Nature qui se venge est une autre histoire. Ce sont avant tout les conséquences désastreuses de l’action de l’homme sur la Terre dont je parle aussi.

 

 

Votre thriller Récidive fait évidemment écho à l’actualité récente et la mise en lumière des violences faites aux femmes. A ce sujet, pensez-vous que le thriller doive nécessairement s’emparer de ces thématiques sociales et se faire ainsi miroir de la société ou alors doit-il plutôt s’affranchir de tout cela pour rester dans la fiction pure ?

 

Là réside la liberté de chaque écrivain ou auteur. Ses limites aussi. Il n’y a aucune autre nécessité que celle de passionner le lecteur. Que ce soit par une thématique sociale forte ou l’imaginaire, la fiction seule. Pour ma part, j’essaie d’associer les deux. En gardant toujours un équilibre. Je ne souhaite pas tomber dans le roman social ou politique mais si je peux sensibiliser le public, glisser quelques informations qui vont le nourrir et faire éventuellement réfléchir, alors oui. Mais c’est assez prétentieux, en fait.

 

Déjà une idée pour votre prochain ouvrage ?

 

Plus qu’une idée, oui. Il est en cours d’écriture. Autour de l’eau et de l’importance que l’eau potable va prendre dans les prochaines décennies. 


Questions bonus

 

Passons maintenant à des questions un peu plus légères pour en savoir plus sur Sonja Delzongle la femme et Sonja Delzongle l’auteure :

 

- Le livre à emporter sur une île un peu déserte ?  

   Celui que je suis en train d’écrire. Pour pouvoir le terminer.

 

- Le film que vous pourriez regarder tous les jours ?

   Aucun.

 

- Le livre que vous aimez en secret ?

   Si je donne son titre, ce ne sera plus un secret.

 

- L’auteur avec qui vous voudriez discuter autour d’une bière ?

   Jack London.

 

- L’auteur que vous n’auriez pas aimé être ?

  Difficile à dire sans médire.

 

- Ecrire en écoutant une musique. Laquelle ?

  Celle qui correspond le mieux à l’ambiance du roman.

 

- Votre passion un peu honteuse ?

   Je n’en ai pas. Plutôt je n’ai honte d’aucune.

 

- Le livre que vous auriez aimé écrire ?

   Sans hésiter, la Bible. Le plus grand best-seller de tous les temps.

 

- Le livre que vous offririez à un inconnu ?

   Boréal.

 

- La première mesure de la Présidente Delzongle ?

 

   Arrêter de mentir. 

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