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Le TORM : entre questionnement profond et quête de soi


 

Sujette au questionnement, Régine Bonnard s’est lancée dans l’écriture d’un roman de science-fiction en deux tomes, Le TORM. « Ce roman initiatique nourri des prodiges de la science-fiction en est le résultat ». L’auteure, Régine Bonnard, nous a accordé une interview.

 

 

Pourquoi avoir choisi la science-fiction, un domaine très complexe ?

 

La science-fiction permet une grande liberté narrative et d’explorer sans limitation. On y habille ses visions de couleurs, on prend le contre-pied des standards, comme dire que l’illusion c’est le réel, ou que nous sommes ici et ailleurs simultanément... Elle est un fabuleux terrain de jeu, avec mille trajectoires possibles et des joueurs toujours en quête d’identité et de sens. Sans compter qu’avec l’univers, on a de quoi remettre l’ego humain à sa place.

 

Imaginez, en dépit des progrès faramineux accomplis par la recherche, 95% de l’univers restent totalement inconnus ! La science-fiction permet de titiller nos rêves et de réinterroger le mystère autant que nos peurs et certitudes. « J’ai des questions à toutes vos réponses ! comme dirait Woody Allen (rires). Et Victor Hugo pourrait renchérir : « toute question a son idéal. »

 

Le mien serait de faire coïncider le monde aux nobles inclinaisons, aux excentricités joyeuses et aux ambitions bienveillantes, invitant chacun à tenter l’aventure au lieu de séjourner dans un à-peu-près si loin de son identité profonde.

 

Pour rester en contact avec son pouvoir intérieur, faut-il encore identifier les valeurs qui représentent un bon placement, et se mettre en mouvement avec audace, imagination et ténacité. Un bon moyen pour ne pas subir la tyrannie de la morosité, de la peur et du prêt-à-penser.

 

 

 



Mais alors, quel est le plus grand tyran des trois ? Morosité, peur, prêt-à-penser … ?

 

Le plus puissant est la peur. C’est la force de frappe des Capoux, les méchants dans Le TORM. Tous les autres maux en dérivent. Les besoins physiologiques dans nos sociétés de consommation sont satisfaits. Mais le besoin de sécurité, le second étage de la pyramide de Maslow, n’est pas maîtrisé. Il se complexifie même avec la mondialisation qui multiplie les dangers potentiels, jusqu’à faire tanguer le premier niveau. Sans compter les risques environnementaux, astronomiques, sanitaires, technologiques, et toutes sortes de drames, réels ou potentiels, abondamment commentés par les actualités. Pour réduire l’inconfort et à défaut de pouvoir affronter ce qui demeure inconnu ou conditionnel, on se range derrière des obstacles qui sont autant de renoncements à soi. On se stocke dans un espace prétendument protégé. Le prêt-à-penser, l’isolement, le découragement ne sont plus très loin…

 

Il faut quand même tenter l’escalade. Pour cela, il faut se mobiliser, plutôt que s’immobiliser et ne pas s’empêtrer dans le regard des autres. Même pour jouer son propre rôle, être acteur de son propre soi, il faut un certain courage. Il faut aussi accepter l’idée qu’on peut échouer. Cela se joue sans tambour ni trompette !

 

Les personnages du TORM ont cet humour et cette audace qui leur permet de choisir leur propre destinée. Les aventuriers du TORM se promènent de Crew’ Vallée, sorte de Silicon Valley virant au burn-out, jusqu’aux confins du cosmos et du temps ! L’action a aussi cette vertu de tenir les cogitations et la peur à bonne distance. Stagnante ou excitante, la peur est duale ; peut-être de la physique quantique : à la fois onde et particule ?

 

 

Y’a-t-il une faculté dont nous disposons également ?

 

Dans Le TORM, les personnages intègrent les principes positifs du TORM, leur permettant de révéler leur part d’humanité.  Ils développent d’autres habiletés bien plus complexes, mais la faculté de révéler la part d’humanité qui sommeille en nous, nous l’avons tous.

 

 

Dans le tome 2, les personnages ont parfaitement intégré les principes du TORM. Qu’advient-il de leur mission ? 

 

Le second tome entre dans la complexité du bien et du mal. En plaçant le chef Capoux en capacité de défendre son point de vue, et en entrant plus encore dans le vertige et les enjeux colossaux de l’humain augmenté.

 

 

« La science-fiction permet de réinterroger le mystère autant que nos peurs et certitudes » : serait-ce une manière de se projeter dans un avenir trop incertain ?

 

Sans doute, surtout en période charnière. Les créations romanesques de Jules Verne avec ses « Voyages extraordinaires » correspondaient à un XIXe siècle en pleine mutation avec l’arrivée de la machine à vapeur, du gaz, de l’électricité, et de nouveaux savoirs.  Au début des années 80, la jeunesse se passionne pour la révolution l’informatique, mais cela commence à se gâter dans la seconde partie des années 90, Matrix date de 1999. Cela n’a fait que s’amplifier avec la révolution numérique, l’avènement du big data, et les nouvelles combinaisons : robotique, biogénétique, les nanotechnologies, neurosciences et j’en passe. Cela peut stimuler ou effrayer, mais cela ne laisse pas indifférent. La SF permet de faire réfléchir, sans pour autant être donneur de leçon.

 

 

Plein de mystères et de découvertes, Le TORM semble calibré pour une adaptation cinématographique. Quels seraient les films que l’on pourrait apparenter au TORM ?

 

Par touches, de loin en loin et très, très modestement, l’apprentissage des jeunes gens aux valeurs du Torm peut évoquer un soupçon d’Harry Potter. Les Sur-Etres, qui guident les incarnations et évoluent dans l’espace, peuvent évoquer le 5e élément, et dans une moindre mesure K-Pax. Pour la manipulation mentale et technologique évoquons Inception, Ex Machina et Matrix.

 

 

Quels sont vos modèles ?

 

Je suis une inconditionnelle de l’univers du romancier Bernard Werber. J’essaie souvent d’imaginer où il va me conduire. Je n’arriverais pas forcément au même endroit, mais je le suis partout et toujours avec énormément de plaisir. Et je l’attends aussi, enfin son prochain livre ! (rires)

 

 Luc Besson, Christopher Nolan et bien évidemment Steven Spielberg stimulent autant mon imagination que ma réflexion. Avec eux l’émotion a de l’épaisseur. Notez que je dirais pareil de mes poètes préférés, Baudelaire, André Gide, François Cheng, Paul Valéry... Les fourmis sont à Bernard Weber, ce qu’elles étaient à Robert Desnos : l’art d’un fabuleux possible !

 

 

*Après des études de droit, Régine Bonnard entame sa carrière professionnelle auprès d’une ONG de défense des droits de l’Homme, puis se tourne vers une spécialité qui rythme sa vie encore aujourd’hui, la sécurité.




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