Interview de Laurent Obertone (Guérilla : Le temps des barbares publié chez Ring) : "J'apporte des faits, et je note qu'on ne les attaque pas"

Guérilla : Le temps des barbares est le nouveau livre de Laurent Obertone publié chez Ring
Guérilla : Le temps des barbares est le nouveau livre de Laurent Obertone publié chez Ring

 

Comme à chaque fois ou presque, le nouveau livre est annoncé comme un raz-de-marée en librairie. Cette fois, l'auteur et journaliste de formation revient avec Guérilla : Le temps des barbares publié chez Ring, le deuxième volet d'une dystopie sauce française démarrée en 2016. Lettres it be est allé poser quelques questions à Laurent Obertone pour en savoir plus !

Bonjour et merci de prendre part à cette interview pour Lettres it be. Tout d’abord, une question terriblement basique mais indispensable : qui êtes-vous Laurent Obertone ? Que faisiez-vous avant de vous lancer dans l’écriture ?

 

« Qui êtes-vous ? » est une question qui peut nous engager dans quelques millénaires de philosophie, j'espère que vous en êtes conscient ! Je vous répondrai donc de manière assez administrative : j'ai 35 ans, je suis écrivain de métier, anthropologue de formation. J'étais journaliste lorsque j'ai publié mon premier livre. Laurent Obertone est mon nom de guerre, comme disent les Anglais.

 

 

On vous a rencontré en librairie en 2013 avec La France Orange mécanique, le premier volet d’un trio d’essais qui dépeint la situation économique, médiatique et sociale de la France. Comment est né ce projet ? Qu’est-ce qui a pu vous pousser à vous lancer dans une telle entreprise ?

 

D'abord le fait de côtoyer des policiers, des victimes, des magistrats, de constater l'écart entre le droit et les peines prononcées, le traitement médiatique de l'insécurité... Ensuite, la réception médiatique de mon livre sur l'insécurité m'a poussé à écrire mon enquête sur Big Brother, cette tyrannie médiatique et morale qui nous accable. La France Interdite évoque pour sa part un sujet lourd de conséquences, qui est aussi le plus tabou et manipulé qui soit : l'immigration.

 

 

Outre les essais, vous avez traîné votre plume du côté du roman. Le terme de roman semble inexact tant vos différents livres (d’abord Utøya en 2013 puis Le Diable du ciel en 2017 et les deux volets de Guérilla en 2016 et 2019) conservent un pied bien ancré dans la factualité, dans « notre » monde. Est-ce votre volonté de ne jamais entrer pleinement dans la fiction en conservant l’assise du réel ? Pourquoi ce rapport au roman ?

 

 

Je m'intéresse d'abord à la nature humaine, à la réalité. Dans Guérilla, les personnages sont fictifs, mais ce qu'ils sont ne l'est pas. Ils répondent à des catégories sociales, à des impératifs moraux, mais ce sont avant tout des animaux domestiques. Pourquoi le sont-ils ? Que seront-ils en cas de brutal effondrement de la société ? De la mort du maître-État ? Voilà ce qui m'intéresse... 

 


Notre critique en vidéo pour

Guérilla : Le temps des barbares

Dans cette même démarche, quels ont été les auteurs qui ont pu vous inspirer, vous donner envie de tenter l’aventure à votre tour ?

 

Je n'ai pas d'inspirateur en particulier. J'aime les descriptions de McCarthy autant que les réflexions de Valéry. Ma préoccupation est de capturer le réel, de le retranscrire, de le rétablir en quelque sorte, et de montrer la fragilité des êtres, des modes, des idées, des illusions morales. On peut dire que je suis un auteur dystopique. Donc comme vous l'avez très bien dit (dans cette vidéo), « Obertone, c'est pas la Compagnie créole ». Mais ce n'est pas gratuit : je m'appuie beaucoup sur l'anthropologie biologique.

 

 

Que ce soit pour les sorties de vos essais ou de vos romans, vous ne pouvez pas compter sur l’accompagnement médiatique généralement donné aux auteurs que l’on retrouve à chaque fois ou presque dans le classement des meilleures ventes de livres. Une caution supplémentaire pour votre travail de dénonciation de ce silence généralisé en France sur nombre de sujets ?

 

Oui, j'apporte des faits, et je note qu'on ne les attaque pas. On ne m'oppose que la calomnie ou le silence... Si je mentais il serait pourtant facile de me réduire. Au fond, c'est très bien comme ça, ce système médiatique n'est qu'une illusion de débat démocratique. Et je sais de la sorte que le succès de mes livres ne doit rien à leur pouvoir publicitaire, au réseau ou à la complaisance.

 

 

On imagine que le succès de vos livres est en partie dû à un lectorat grandissant et une ferveur croissante. Avez-vous à cœur d’entretenir ce rapport à vos lecteurs ? Prenez-vous parfois en compte certaines remarques pour modifier, adapter vos écrits futurs ?

 

Je pense que mes lecteurs sont un peu stupéfaits de ce qui se passe, un peu désarmés aussi. Ils se retrouvent dans mes écrits. Hormis sur le plan de l'écriture, je ne cherche pas à plaire, plutôt à formaliser leurs intuitions, à leur donner des pistes, des éléments de réflexion. Et je me retrouve dans leurs attentes. Je me posais les mêmes questions qu'eux quant au devenir des personnages de Guerilla – Le jour où tout s'embrasa. C'est ce qui m'a décidé à écrire la suite.

 

 

Venons-en à Guérilla : Le temps des barbares, votre nouveau livre paru aux éditions Ring. Quelques mots pour les lecteurs qui n’auraient pas encore eu la chance de le découvrir ?

 

 

Suite à un « incident » dans une cité sensible, impliquant des policiers, la France s'est embrasée, et effondrée en trois jours. Plus d'État, de police, d'électricité. Les personnages, représentatifs de tous les échelons de la société, doivent faire face, souvent pour la première fois de leur existence, à la solitude, à l'inconfort, au silence, au grand froid, à la violence, à l'abandon. En un mot à leur état d'extrême dépendance, en pleine désintégration du « vivre ensemble »...

Découvrez la chronique Lettres it be pour Guérilla : Le temps des barbares, le nouveau livre de Laurent Obertone
Découvrez la chronique Lettres it be pour Guérilla : Le temps des barbares, le nouveau livre de Laurent Obertone

D’abord, comment s’est passée l’écriture de ce livre ? Avez-vous écrit ce deuxième volet dans la foulée du premier ou avez-vous préféré prendre du recul avant de vous lancer dans ce chantier ?

 

J'ai pris du recul par la force des choses, parce que cette suite n'était pas prévue ! En trois ans, la situation de la France ne s'est pas arrangée, c'est le moins qu'on puisse dire... Il est assez difficile d'anticiper le progressisme, qui cherche chaque jour à s'anticiper lui-même. Mais il y a des constantes, notamment la nature humaine, et c'est elle que je voulais d'abord mettre en lumière.

 

 

Quelle a été votre méthode pour imaginer cette France aux abois, cette France en proie au chaos ? Avez-vous travaillé au contact d’experts et de spécialistes qui ont pu vous aider à décrire cela ?

 

Oui, le travail d'enquête est central dans mes livres. Ici, le spectre était très large : techniciens, chercheurs, médecins, renseignement, militaires, victimes de guerres civiles... Et bien sûr anthropologie. Ça implique pas mal de disciplines !

 

 

Dans votre récit, la plupart des noms sont inventés, jusqu’aux responsables politiques. Pourtant, par moment, on retrouve des sujets connus (Greta Thunberg etc.). Pourquoi ne pas avoir gardé, dans les deux volets, des identités connues qui auraient peut-être pu donner au récit un ancrage dans le réel encore plus fort ?

 

Je ne voulais pas présumer des réactions de personnages réels, confrontés à une telle situation. Ni leur prêter un destin pas forcément réjouissant. Quelle que soit leur idéologie affichée, on ne sait ce que seront les civilisés dans le chaos ! Et il m'est avis que ceux qui s'appliquent le plus à afficher leur bonté ne seront pas les derniers à renoncer à leurs scrupules.

 

 

Déjà une idée pour votre prochain livre ? Votre trio d’essais pourrait-il bientôt devenir un quatuor ? Guérilla peut-il encore avoir un autre petit frère ?

 

 

Pour les essais, je pense que ce qui devait être écrit l'a été, je ne vois pas à l'échelle de la France de sujets aussi importants que ceux que j'ai traité. Ça viendra peut-être plus tard. J'ai quelques autres projets, le troisième tome de Guerilla, bien sûr, mais aussi des livres d'un tout autre genre. 

 


Questions bonus

Passons maintenant à des questions un peu plus légères pour en savoir plus sur Laurent Obertone l’homme et Laurent Obertone l’auteur :

 

Le livre à emporter sur une île un peu déserte ?

Un guide de survie me semble une bonne idée.

 

Le film que vous pourriez regarder tous les jours ?

Il n'existe pas ! Mais je peux regarder Les visiteurs à chaque rediffusion. Oui, je sais. Vous me parlez fine gastronomie et je vous réponds pâté en croûte.

 

Le livre que vous aimez en secret ?

S'il existait, je préfèrerais garder le secret !

 

L’auteur avec qui vous voudriez discuter autour d’une bière ?

Ils sont tous morts... Disons Paul Valéry. Et j'aimerais bien parler avec Jean de La Fontaine, mais plutôt par correspondance. On raconte qu'il n'était pas doué pour la discussion orale.

 

L’auteur que vous n’auriez pas aimé être ?

À peu près tous, à commencer par ceux qui sont vivants.

 

Vous ne devez écouter plus qu’une seule musique. Laquelle ?

Il y a quelques candidates... Peut-être cet air sublime de la danse glissée des jeunes filles, dans les Danses polovtsiennes, de Borodine. La vie se lassera de moi avant que je ne me lasse de lui.

 

Votre passion un peu honteuse ?

La biomathématique. La physique théorique, aussi. Ce n'est pas vraiment honteux, mais plutôt difficile à placer dans une conversation. Alors je le garde pour moi.

 

Le livre que vous auriez aimé écrire ?

Le prochain.

 

Le livre que vous offririez à une inconnue ?

Éloge de la fuite, de Laborit.

 

La première mesure du Président Obertone ?

 

Il y en a quelques dizaines qui me viennent à l'esprit ! Pour commencer, il y aurait un certain nombre de dissolutions à prononcer, d'aides et de subventions à supprimer. Mais avant tout je nommerais Francky Vincent porte-parole. Pour adoucir la transition.

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