"Konbini" de Sayaka Murata : une vie entre les gondoles

Konbini est le premier livre de Sayaka Murata, véritable succès au Japon
Konbini est le premier livre de Sayaka Murata, véritable succès au Japon

C’est un court roman que Lettres it be a découvert grâce aux éditions Denoël. En effet, Konbini de Sayaka Murata est un raz-de-marée littéraire venu du Japon où ce livre a rencontré un immense succès (plusieurs centaines de milliers d’exemplaires vendus, rien que ça). Sa traduction française est en librairie depuis le 11 janvier dernier. L’occasion parfaite pour découvrir à notre tour de récit surprenant d’une employée de supérette.


# La bande-annonce

 

 

Depuis l’enfance, Keiko Furukura a toujours été en décalage par rapport à ses camarades. À trente-six ans, elle occupe un emploi de vendeuse dans un konbini, sorte de supérette japonaise ouverte 24h/24. En poste depuis dix-huit ans, elle n’a aucune intention de quitter sa petite boutique, au grand dam de son entourage qui s’inquiète de la voir toujours célibataire et précaire à un âge où ses amies de fac ont déjà toutes fondé une famille.

 

 

En manque de main-d’œuvre, la supérette embauche un nouvel employé, Shiraha, trente-cinq ans, lui aussi célibataire. Mais lorsqu’il apparaît qu’il n’a postulé que pour traquer une jeune femme sur laquelle il a jeté son dévolu, il est aussitôt licencié. Ces deux êtres solitaires vont alors trouver un arrangement pour le moins saugrenu mais qui leur permettra d’éviter le jugement permanent de la société. Pour combien de temps…

 

# L’avis de Lettres it be

 

 

Sayaka Murata est caissière au Japon. Son livre est celui d’une femme ayant senti l’impérieux besoin de raconter ses jeunes jours passés. Impossible, à la lecture de ce premier roman de Sayaka Murata, de ne pas penser aux Tribulations d’une caissière d’Anna Sam. Autobiographique dans la forme et dans le fond, ce roman n’est autre que le récit du quotidien d’une employée de supérette. Konbini, c’est d’ailleurs le mot utilisé pour désigner ces supermarchés ouverts de jour comme de nuit, ces magasins rutilants où trônent fièrement les promotions, ces supérettes de tous les jours que l’on trouve au Japon. Keiko Furukura, héroïne du roman et pendant littéraire de l’auteure, raconte donc son enfance partagée entre l’impossibilité de trouver sa place et la volonté de s’épanouir dans un monde qui n’est pas le sien. Toutes les réponses à ses maux seront trouvées dans un konbini, d’abord grâce à un contrat à mi-temps, puis en devenant petit à petit l’employée modèle de tout le magasin.

Sayaka Murata
Sayaka Murata

Dans cet aquarium mercantile aux lumières trop claires, Keiko raconte son vécu, son évolution au côté de ses anciennes amies aujourd’hui mères et femmes et qui peinent à comprendre le choix de Keiko de rejeter tout cela. De toute évidence, la question de notre place dans les cellules familiale, professionnelle et sociale habite toutes les pages de ce roman et semble être traitée avec modestie et sérieux. Sauf qu’un beau jour, l’arrivée du salaud parfait dans la vie de notre caissière nippone va peut-être venir chambouler les choses. C’est un peu « Tu m’aimes, moi non plus », mais en mieux.

 

 

 

Au-delà d’une banale histoire d’un quotidien pas franchement très captivant, Sayaka Murata délivre un roman personnel comprenant plusieurs niveaux de lecture. Difficile de ne pas penser par exemple à cette métaphore d’un Japon replié sur lui-même, sans véritable place dans le monde alentour, certain de son destin et ayant peut-être jeté son dévolu sur le mauvais compagnon de route. Toujours est-il que chaque lecteur y trouve son plaisir, d’une lecture légère à une attention plus appuyée sur les maux actuels d’un Japon capitalisé au possible ayant quelque peu oublié le destin de ses hommes et de ses femmes. En passant, on retrouve un Japon qu’on prend plaisir à découvrir sans fards et sans ajouts inventifs. On salue par la même Amélie Nothomb …

 

Konbini est une heureuse découverte. Un roman-succès au Japon qui débarque en France et devrait, de toute évidence, trouver le public qu’il mérite. Mention spéciale également à la traduction de Mathilde Tamae-Bouhon qui propose une traduction immersive d’un roman qu’on lâche difficilement. Belle découverte, vraiment.


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