"Ce qui nous guette" de Laurent Quintreau : d'une histoire l'autre

Ce qui nous guette est le dernier livre de Laurent Quintreau publié chez Rivages
Ce qui nous guette est le dernier livre de Laurent Quintreau publié chez Rivages

Créateur pour une agence de pub’, membre fondateur de la revue littéraire Perpendiculaire, coordinateur et acteur largement consacré à la vie syndicale, aspirant auteur depuis de nombreuses années maintenant… Laurent Quintreau est de ces insatiables actifs, ces fonceurs,  de ces gens qui ne s’arrêtent que peu. Après s’être mis dans la tête d’une mouche dans La chimie des trajectoires en 2014 chez Rivages ou après avoir imaginé la rencontre entre des cadres supérieurs et des moines tibétains dans Mandalas paru en 2009 chez Denoël, le natif de Poitiers revient avec une série d’histoires courtes qui s’inscrivent à la frontière de deux fortes thématiques, autres que celle du monde du travail où l’auteur s’épanouissait jusqu’alors : l’exposition de ce moment fatidique où la folie nous inonde et l’apparition de cerveaux sur-mesure pour le pire… et pour le pire. Tout un programme que Lettres it be a découvert pour vous.


# La bande-annonce

 

Être pris d’un fou rire au mauvais moment, oublier son enfant quelque part, laisser partir une gifle, se réveiller en sursaut d’un cauchemar, gagner contre toute attente… Qui n’a jamais fait l’expérience de ces instants où un événement imprévu nous fait perdre le contrôle de nous-mêmes ?

 

 

Heureusement, quand on aura greffé à tout le monde un cerveau sur mesure, implacablement calibré, cela n’arrivera plus. Finies les surcharges cognitives, terminée la dictature des hormones, oublié le règne de l’imprévisible…

 

 

 

Laurent Quintreau saisit avec brio dix personnages dans leur vie quotidienne, au moment même où leurs repères basculent : de la jeune cadre dynamique à l’ivrogne invétéré, en passant par le brillant homme politique, l’apprentie mystique et le père en instance de divorce, ce récit à l’ironie corrosive brosse le portrait d’individus empêtrés dans l'obsession de contrôle de notre  société. De plus en plus grinçante au fil des pages, la satire tourne à l’anticipation lorsque l’humanité s’enfonce dans un délire scientifique et technologique, à la poursuite d’une rationalité toujours plus envahissante. Y aurait-il pourtant, au cœur même de ce chaos high tech où nous nous précipitons, quelques raisons d’espérer ?

 

# L'avis de Lettres it be

 

Pénétrer les esprits, scruter les cerveaux, faire naître l’absurde du banal… Laurent Quintreau ne quitte pas ses aspirations apparues dès ses premiers livres. Ce qui nous guette est dans cette même veine et offre la possibilité, à travers de courtes histoires d’une dizaine de pages chacune, de rire et pleurer sur ce moment décisif où tout bascule, où les tables se renversent et que, littéralement, on « pète un plomb ». Là, nous sommes encore dans la première partie du livre. Quelques histoires vraiment réussies, rythmées et terriblement immersives. La suite va peut-être un peu se gâter.

 

Laurent Quintreau
Laurent Quintreau

D’une légèreté de ton, Laurent Quintreau mènera doucement son lecteur vers une gravité timide, tapie. Déjà, une nouvelle nous renvoie à une table d’amis, un soir de novembre 2015 à Paris. Une autre propose une resucée d’un débat d’entre-deux-tours qui vire au drame (rien de très original). Puis, les dernières historiettes proposées par Laurent Quintreau s’articuleront autour de l’idée d’un cerveau sur-mesure, adapté et adaptable. Il est loin le « pétage de plomb » et tout de suite les réflexions se font plus lourdes, peut-être moins abouties, moins évidentes à la lecture.

 

 

 

Même si l’écriture n’échappe pas par moment à quelques facilités idéologiques assumées donc respectables, Laurent Quintreau livre un ouvrage protéiforme, surprenant, qui pousse à la réflexion.  Presque deux livres en un tant les histoires semblent rassemblées en deux blocs distincts. Les premières glissent sur un ton plutôt léger mais dès que se met en place ce fil conducteur qui va très vite lier les historiettes entre elles, force est de constater que la lecture se fait plus rude, plus intense, plus réflexive. Toujours est-il que l’on retrouve avec plaisir, pour son quatrième roman, la plume de Laurent Quintreau, toujours aussi vive et acérée, et qui sort de toute facilité convenue.

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