"En face" De pierre Demarty : leçon d'écriture sur le pas grand-chose

 

En face
de Pierre Demarty

 

 

 

Brillant élève de l’Ecole normale supérieure, thésard sur la littérature américaine, enseignant à Columbia pendant deux ans, traducteur de grands auteurs dans une maison d’édition française bien connue de tous … Pierre Demarty a le profil idéal pour écrire de la grande littérature : à force d’y être confronté, on y succombe, un peu comme pour le pouvoir. Malgré tout, Pierre Demarty arbore un profil que d’aucuns jugeront peut-être trop policé. Avec « En face », l’aspirant écrivain montre qu’il est capable de beaucoup pour écrire sur le pas grand-chose. Votre curiosité vous brûle ? Découvrez la critique sauce Lettres it be sur un roman qui intrigue par ce brillant vide qui l’habite.

 

 

 

// « Sa vie désormais est un songe : une ombre qui passe, un pauvre acteur qui s’agite à peine et qui pour parader dans ces pages n’a pas même assez de consistance ; déjà on ne l’y entend plus. C’est un récit plein de silence et de rumeur, et moi l’idiot qui le raconte, et vous qui en cherchez le sens. » //

 

 

 

# La bande-annonce

 

 

 

(Quatrième de couverture) : Un homme, un jour, sort de chez lui, traverse la rue, et entre dans l'immeuble d'en face. Il n'en sortira plus - ou presque. C'est le début d'un étrange voyage immobile, qui l'entraînera dans des rêveries de grand large et des épopées insensées. À quoi ressemble le monde quand on a décidé de lui tourner le dos ? Et que viennent faire là-dedans Paimpol, l'Islande, les goélettes et la philatélie ? Ça, il n'en sait rien encore, nous non plus, on va bien voir. Évoquant Bartleby et Blondin, Échenoz et Jarmusch par son humour autant que son univers mystérieux, En face nous embarque dans un drôle de périple, bercé de ritournelles et ponctué d'images fabuleusement déjantées. On s'y plonge comme dans une énigme ; on en sort comme d'un songe.

 

 

 

 

# L’avis de Lettres it be

 

 

 

Tour de force, « En face » est le roman du pas grand-chose. Le dessein de ce roman est simple : écrire presque 200 pages sur le quelconque, sur le banal, sur un personnage, le susnommé Jean Nochez, qui ne brille que par sa médiocrité. Voulant changer sa vie, il va lui donner le tournant peut-être le moins radical possible, déménageant en face de chez lui, abandonnant femme et enfant, fuyant et s’échappant dans les timbres qui s’amoncellent dans ses albums joliment reliés. Tout cela jusqu’à nourrir les regrets les plus voraces.

 

 

 

Les phrases s’enchaînent dans ce roman et la douce mélodie de plusieurs voix retentit à nos oreilles. On croit ouïr par endroit du Audiard, du Céline … Un parler français qui respire les petites ruelles parisiennes, le zinc des petits troquets de province. C’est véritablement la grande force de ce roman : faire vibrer le lecteur en réussissant le pari fou de l’oral posé sur papier. Faire parler la plume, au sens propre comme au sens figuré. Comme un hommage au médecin de Meudon, Pierre Demarty sollicite nos oreilles autant que nos yeux pendant la lecture de son ouvrage.

 

 

 

Malgré une histoire simple, taciturne par endroit et attendue, Demarty va au bout de son intention. On entend plus qu’on ne lit, on écoute ce roman plus qu’on le bouquine. Une petite gourmandise littéraire à se mettre sous la dent de l’esprit.

 

 

 

 

// « Alors ça ne va plus trop, entre Jean et Solange.
Ça ne va plus trop alors qu'il ne s'est rien passé, au juste. Il n'y aura pas eu d'éclat, de trahison, ni cris ni pleurs. Pas de ce théâtre-là, entre eux ; ce serait plutôt au contraire que la scène est déserte, le décor branlant, les costumes mangés aux mites, et que les acteurs ont oublié leurs répliques. Ça ne va plus trop parce qu'il ne se passe plus rien, justement. » //

 

 

 

 

 

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