"Némésis" de Philip Roth : la peste 2.0

"Némésis" de Philip Roth : la peste 2.0


 

Le dernier livre de Philip Roth était au programme de Lettres it be. Roth, un auteur surtout connu pour son livre Portnoy et son complexe, mais aussi et surtout, un auteur renommé pour être le pendant littéraire de Woody Allen, ce farouche partisan de l’humour juif, de cette critique d’une bourgeoisie juive-américaine tiraillée entre repli sur soi et névroses diverses. Alors, et même si ce fut une découverte pour nous chez Lettres it be, quel fut notre avis alors que tout nous portait vers l’optimisme ? Rendez-vous dans la suite de cet article pour en savoir plus !

 

 

# La bande-annonce

 

 

C'est le long et chaud été de 1944 dans le quartier Weequahic de Newark. La plupart des jeunes hommes du pays sont engagés à l'étranger, mais Bucky Cantor, un muscle-bound, instructeur de 23 ans PE, est coincé à la maison à cause de ses yeux louches. Au lieu d'aider son pays dans la lutte contre Hitler, son travail pour l'été est de superviser le bien-être d'un groupe d'enfants, en tant que directeur de l'un des terrains de jeux de la ville. C'est à peine le rôle glorieux qu'il voulait pour lui-même, mais Bucky, qui a un sens profond de l'honneur, se rapproche de ses fonctions - du moins au début - avec un dévouement inlassable.

 

 

 

// « Il faut qu’il convertisse la tragédie en culpabilité. Il lui faut trouver une nécessité à ce qui se passe. Il y a une épidémie, il a besoin de lui trouver une raison. Il faut qu’il se demande pourquoi. Pourquoi ? Pourquoi ? » //


# L’avis de Lettres it be

 

 

Comme dit précédemment, ce livre est le dernier écrit de la main de Philip Roth. Comme le point final d’une œuvre  fleuve, saluée par de nombreux prix dans le monde entier. Ici, Némésis est avant tout articulé autour d’un personnage, Bucky Cantor. Ce prof de sport touche-à-tout, adulé de tous et surtout des plus jeunes, ce même jeune homme d’ores et déjà promis à la belle Marcia, est celui-là même qui occupe une place centrale dans le roman. On retrouve ce personnage, comme souvent dans l’œuvre de Philip Roth, dans le quartier de Newark, le fameux Weequahic qui, ici, doit affronter une sombre épidémie de poliomyélite. Ainsi, tout va se passer autour d’un homme, d’une maladie, d’un quartier. Un triptyque classique, très vite complété par d’autres personnages en permanente agitation et, évidemment, par la Seconde Guerre Mondiale qui gronde de l’autre côté de l’Atlantique et a déjà enrôlé tant de jeunes américains.

 

 

Némésis est une pâle reprise de La Peste, soyons honnêtes. On y retrouve tous les éléments qui font un roman américain (l’adolescence torturée, la grande Amérique qui sauve le monde, le sport comme seul salut etc…), on y retrouve quelques (larges ?) inspirations de l’œuvre d’Albert Camus, on y retrouve des personnages classiques et sans grande profondeur. Mélangez le tout : vous obtenez un roman qui se lit assez rapidement mais qui laisse en permanence cette interrogation à l’esprit : « Et alors ? ». Et alors, effectivement. La maladie gronde, se propage à vitesse grand V, tout le monde tombe comme des mouches et, au milieu du vacarme mutique, Bucky Cantor se pose des questions, il cherche à savoir s’il mérite le bonheur qu’il lui est promis, s’il mérite l’amour, s’il mérite tout ça. Cantor s’interroge pendant que tout le monde grève. C’est, en somme, le résumé d’un ouvrage qui ne reste pas dans les annales tant on ne parvient pas à saisir le point d’orgue de l’histoire. Mais, finalement, n’est-ce pas là le coup de maître de Roth que de n’ouvrir que des portes sans les refermer ?

 

 

// « Il ne put poursuivre, il s'était mis à pleurer, de façon gauche, inexperte, comme pleurent les hommes qui d'habitude se croient de taille à faire face à n'importe quoi. » //

 

 

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