"Vernon Subutex 1" de Virginie Despentes : Franche réussite ou pétard mouillé ?

 

Vernon Subutex
de Virginie Despentes

 

 

Les romans de Virginie Despentes sont, le plus souvent, comme des grands crus : ils se bonifient avec le temps, avec le succès et se voient être décorés de nombreux prix, année après année. D’aucuns leur confèrent un goût de bouchon, d’autres les considèrent comme de véritables nectars de plume.

 

 

La saga « Vernon Subutex » ne pouvait échapper à ce sort heureux. Les deux premiers tomes déjà parus avaient déclenché un petit raz-de-marée dans toutes les libraires de France et de Navarre, et les plus grands amateurs de la saga sont encore impatients d’accueillir dans leur bibliothèque le dernier tome. Chez Lettres it be, forcément, nous étions curieux de découvrir ce phénomène tant vanté. Alors, franche réussite ou pétard mouillé ?

 

 

// « L'âme est un navire imposant, qu'il faut manœuvrer avec prudence. » //

 

 

 

# La bande-annonce

 

 

Vernon Subutex, triste sire de ce roman, est l’un des disquaires les plus renommés sur la place parisienne des années 80. La crise du disque va lui jouer un bien mauvais tour, l’obligeant désormais à vivre d’aides sociales et de pérégrinations dans les rues de la capitale à la recherche de bonnes âmes.

 

 

L’un de ses plus proches amis, Alex Bleach, est un rocker célèbre dans le monde entier. Opportuniste dans l’âme et voyant la manne financière qui s’offre à lui, Vernon lui demande son aide. Alex accepte et, dans son dernier souffle, lui remet un enregistrement sonore encore inconnu du grand public.

 

 

Vernon perd un ami et sa dernière source réelle de revenus. Il part alors, une fois de plus, en quête d’aide et d’un toit. Il sera alors hébergé par des personnes que tout oppose jusqu’à faire la connaissance d’un sans-abri qui lui apprendra les rudiments de la vie dans les rues de Paris. De rencontre en rencontre, Vernon Subutex verra alors le cours de sa vie changer radicalement.

 

 

# L’avis de Lettres it be

 

 

 

Virginie Despentes a toujours été le porte-étendard de ce qu’elle pense être les aspirations les plus fortes de la génération X : la libération des mœurs, l’expansion de la pornographie au sein de l’espace public, l’exploration sans vergogne de l’obscénité, de la violence repliée sur soi-même, cette même violence qui peut mener aux pires crasses. Son parcours, pour le moins tumultueux, la mène des pentes de la Croix-Rousse à Lyon, jusqu’au succès littéraire actuel en passant par la critique de films pornographiques, la prostitution occasionnelle et la fréquentation des milieux punk-rock des années 80-90. On retrouve ce vécu, dur, fort, dans les lignes de Virginie Despentes, et Vernon Subutex n’échappe pas à sa destinée.

 

 

 

Vernon : « pseudonyme inspiré par Vernon Sullivan » ; Subutex : « substance utilisée pour le traitement de la dépendance aux opiacés comme l'héroïne ». Le cadre est opposé. Despentes livre un triptyque plein de substances, d’acidité, rempli de musiques aux basses poussées à l’infini. On entre dans Vernon Subutex comme dans une rave-party. On en ressort de la même façon : groggy, et certain de vouloir passer à autre chose.

 

 

 

Malgré tout, malgré des phrases et des paragraphes qui suintent la vie comme l’entend Despentes, on n’y croit pas. L’auteure vise à dépeindre ici une comédie humaine, une société essoufflée qui se replie sur ce qu’elle a de plus noir. Dante n’a qu’à bien se tenir ! Aucune étincelle de vie si ce n’est l’heureuse volonté des rencontres hasardeuses de Subutex de l’aider quelque peu dans sa déchéance, à grands coups d’éthanol et d’autres substances. Le roman ne parvient pas à passer pas au-dessus de la difficulté de l’universel. Tout se déroule dans un microcosme où les personnages nous paraissent comme enfermés dans le malheur de ceux qui ont tout, la tristesse voulue des heureux. Une seule strate de la société semble être traitée, ce qui donne la triste saveur d’un petit huis-clos qui se voulait plus grand.

 

 

 

Dans ce roman, on se surprend à vouloir ranger Virginie Despentes du côté des Jack Kerouac, Allen Ginsberg et des William S. Burroughs. Cette Beat Generation qui a si bien su nous raconter l’Amérique, une Amérique du jazz noir, une Amérique étouffante, splendide et ennivrée.  Mais là encore, Despentes rate le virage de la lumière qui transcende toutes les œuvres des plus grands auteurs de la Beat. L’alcool, la drogue, la sexe à outrance tout y est. Mais pas cette étincelle qui nous fait croire en un monde meilleur qui naîtrait de tous nos outrages, en cet espoir de vie qui fleurirait de ces envies de fin.

 

 

 

 

// « La vie se joue souvent en deux manches : dans un premier temps, elle t'endort en te faisait croire que tu gères, et sur la deuxième partie, quand elle te voit détendu et désarmé, elle repasse les plats et te défonce. » //

 

 

 

 

 

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