14/11/19 : Les livres tuent

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Amie lectrice, ami lecteur,

 

 

Hier, mardi 12 novembre, on a manifesté au nom de la précarité. La précarité qui tue.

 

 

Au nom de ce combat, des livres ont été déchirés et balancés sur le sol. Au nom de ce combat, une conférence de l’ancien président de la République François Hollande a été annulée à cause des manifestations.

 

 

 

Retour sur des événements qui en disent peut-être un peu plus que prévu.

 

« La précarité tue »

 

 

Le 8 novembre dernier, Anas K. s’est immolé par le feu devant les locaux du Crous de Lyon. Aujourd’hui, brûlé à près de 90 %, il est encore entre la vie et la mort d’après les médecins.

 

 

Cet étudiant de 22 ans, inscrit en licence de sciences-politiques, est aussi secrétaire fédéral du syndicat Solidaires Etudiant-e-s[1]. Très engagé, Anas K. est décrit par ses amis et ses proches comme le bon camarade, un bon camarade victime de la précarité.

 

 

Après avoir « triplé » son année de licence (redoublé deux fois de suite), Anas K. s’est vu retirer sa bourse d’études. Le début du calvaire.

 

 

Avant de passer à l’acte, Anas K. a laissé un message sur Facebook. Un message qui ne laissait pas vraiment planer le doute. Il accuse « Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE » de l’avoir « tué en créant des incertitudes sur l’avenir de tous-tes ». Il accuse aussi « Le Pen et les éditorialistes d’avoir créé des peurs plus que secondaires ». Il réclame également, dans le même message « le salaire étudiant et d’une manière plus générale, le salaire à vie, pour qu’on ne perde pas notre vie à la gagner ».

 



[1] « Qui est Anas K., l’étudiant de 22 ans qui s’est immolé devant le Crous de Lyon ? », L’Obs, 12 novembre 2019 : https://www.nouvelobs.com/societe/20191112.OBS21003/qui-est-anas-k-l-etudiant-de-22-ans-qui-s-est-immole-devant-le-crous-de-lyon.html

 


En réponse au drame, des centaines de manifestants ont décidé d’investir les locaux de la faculté de droit de Lille pour contrecarrer la tenue d’une conférence de François Hollande autour de son nouveau livre Réponse à la crise démocratique.

 

 

Tout a été rondement mené pour que rien ne puisse avoir lieu : invasion des locaux, livres déchirés, critique ouverte du gouvernement et des anciens, slogans anticapitalistes…

 

 

La force des symboles

 

 

Pour contredire, on interdit. Pour débattre, on censure.

 

 

Au-delà du drame individuel vécu par Anas K., au-delà de la compréhension légitime et de l’empathie que l’on peut avoir pour un jeune homme qui agit ainsi, il faut rester lucide.

 

 

En faisant tout ce qui est possible pour interdire une parole au nom de ce drame, les manifestants lillois s’engouffrent dans la brèche. Anas K. devient un martyr, la lutte contre la précarité devient une religion pour laquelle il faut faire taire les blasphémateurs.

 

 

Tout est mélangé. Toutes les causes sont désormais solubles dans l’émotion immédiate. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

 

 

Cette fois, ce sont les livres de François Hollande qui ont payé. Mais qui seront les prochains ?

 

 

Je ne veux pas hurler avec la meute effrayée et effrayante et vous parler des « années les plus sombres » qui sont rappelées avec cet autodafé sans feu. Mais quand même. Il est difficile de rester de marbre devant tous ces événements.

 

 

Par leur portée symbolique, les livres incarnent à chaque fois quelque chose de spécifique. Brûler, détruire, déchirer un livre, c’est quand même toujours un peu différent. Un coup d’œil dans le rétroviseur de l’Histoire suffit à comprendre pourquoi.

 

 

Et pourtant, le silence est toujours le même…

 

 

Pour multiplier sa force, toute cause n’a pas besoin de diviser la force des autres causes. C’est un piège dangereux, et notre époque semble s’y engouffrer avec gourmandise.

 

 

 

Oui, la précarité tue et, plus que jamais, ce sujet doit focaliser l’attention et l’action. Mais déchirer, balancer des livres, ne serait-ce que pour le symbole, ce n’est pas une solution. Les livres tueront aussi, le jour où ils brilleront par leur absence.

 

 

 

 

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