"Au feu de Dieu" de Walter Siti : comprendre l'incompréhensible

Walter Siti publie son dernier livre aux éditions Verdier
Walter Siti publie son dernier livre aux éditions Verdier

"Au feu de Dieu" de Walter Siti

Walter Siti
Walter Siti

Quand vos lectures ont tendance à s’enrouler autour de mêmes thèmes, rien de tel que de s’orienter vers ce que vous craignez, ce que vous redoutez, ce qui pourrait vous mettre dans l’inconfort. Marre des histoires d’amour bien trop classiques ? Direction Lolita de Nabokov. La littérature a pour vous un goût de déjà-vu avec ces plumes qui se ressemblent et ne s’extirpent plus de l’ordinaire ? Direction Paname Underground de Zarca. Il est souvent bénéfique de se confronter à nos craintes. Lettres it be a pris la direction de Au feu de Dieu  de Walter Siti publié chez Verdier. Âmes sensibles, ne pas s’abstenir.

 

 

# La bande-annonce

 

Leo est prêtre à Milan : un excellent prêtre, au plus près du message révolutionnaire de l’évangile, ouvert, généreux, tenaillé par une intelligence implacable, un prédicateur capable de mobiliser ses ouailles, un homme plein d’esprit, profond et pétillant. Leo est un homme de foi – il est le théâtre intime de la lutte avec Satan, le tentateur, le provocateur, le semeur de zizanie.

 

 

Leo se trouve au centre d’une constellation de destins qui font de la Milan moderne la scène d’une comédie humaine dont Siti a donné ailleurs les clefs – on pense à La Contagion. Le voilà qui accompagne une danse macabre : ce sont des migrants désespérés, des enfants abandonnés, des bourgeois corrompus, des couples déchirés. Pour tous et pour chacun, Leo est là.

 

 

Mais avant d’être ordonné, Leo avait découvert son penchant pour les jeunes garçons et lorsque Massimo surgit, qu’il avait aimé alors qu’il était encore un enfant, ce qui devait s’écrouler s’écroule. Ce passé qui revient comme une condamnation ou comme une blessure bouleverse d’autant plus le lecteur que tout l’attache à Leo. Ce n’est pas par Massimo que le scandale arrive, mais par l’onde de choc qu’il provoque et qui ravive des braises peut-être jamais éteintes. Un autre enfant déclare sa flamme à Leo qui se refuse à lui.

 

 

Il est temps, alors de tout passer au feu de Dieu.

 

# L’avis de Lettres it be

 

 

Un prêtre qui peine à voiler son attirance passée (présente ?) pour les trop jeunes adultes et qui, pourtant, doit tenir la barre et assumer son rôle d’Homme de foi face à ces badauds qui désormais confondent confession et psychanalyse. C’est le sujet qu’aborde l’auteur italien Walter Siti, dans son dernier livre Au feu de Dieu. Tout un programme, rien de le dire.

 

 

Walter Siti est aujourd’hui un professeur de littérature, romancier et essayiste bien connu outre-Alpes. Après Une douleur normale où il traitait de l’homosexualité, ce qu’il a pleinement affirmé le concernant, Siti revient avec un thème tout aussi peu abordable, celui de la pédophilie dans la religion catholique. Inévitablement, on pense à d’autres livres peu éloignés, comme le Lolita de Nabokov ou encore le plus récent La Tanche paru chez Belfond. Le traitement y est presque aussi brillant : jamais on ne sombre dans le voyeurisme à lire, jamais on ne frôle le refus d’abordage et les yeux mi-clos de l’auteur timoré. Malgré quelques longueurs qui se retrouvent de temps à autre, malgré un petit onirisme discret mais qui comble plus qu’il ne s’impose, Walter Siti semble réussir à parler d’un sujet bien trop d’actualité en poussant le lecteur à la réflexion compréhensive (non pas pour tolérer mais pour comprendre) là où la condamnation aveugle semble trop souvent s’imposer.

 

 

 

En résumé, un sujet épineux, glissant, terriblement sujet aux opprobres. Et pourtant, l’étincelle est vive durant tout le roman, malgré quelques risques d’extinction çà et là, bien évités. La lecture, c’est une montagne russe et tantôt, il faut savoir affronter les loopings. Au feu de Dieu est un double-looping à très grande vitesse. On en ressort chancelant, mais changé.

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