"Surface" d'Olivier Norek : déjà, le meilleur polar de 2019 ?

Surface est le nouveau livre d'Olivier Norek publié aux éditions Michel Lafon
Surface est le nouveau livre d'Olivier Norek publié aux éditions Michel Lafon


Avec Bernard Minier, Sandrine Collette ou encore Sonja Delzongle, Olivier Norek fait partie de ces grandes voix du roman noir à la française qui font leur retour en librairie en cette période de mars-avril 2019. L’auteur toulousain revient avec Surface, publié chez Michel Lafon. Toujours pas de retour de Victor Coste en vue, mais plutôt une plongée dans l’histoire de Noémie Chastain, policière défigurée et mise de côté. Jusqu’à cette découverte qui va tout faire basculer…



 

# La bande-annonce

 

Ici personne ne veut plus de cette capitaine de police.

 

 

Là-bas, personne ne veut de son enquête.

 

La vidéo du moment

 

# L’avis de Lettres it be

 

 

Depuis Code 93 paru en 2013, petit à petit, Olivier Norek s’est imposé sur la scène du polar comme un poids lourd, une voix qui détone et qui marque les esprits. Chaque nouvelle sortie est l’occasion de voir les frontières de son talent littéraire être repoussées toujours un peu plus loin. Entre deux mondes, en 2017, avait déjà été l’occasion de mesurer toute la capacité de l’auteur à se renouveler, se réinventer, s’engager sur des chemins tortueux. Il quittait alors son personnage fétiche le Capitaine Coste pour aller vers une histoire humaine trop humaine, autour du sort de ces migrants éparpillés aux quatre vents des intérêts nocifs et des menaces permanentes. Avec Surface, à découvrir en librairie dès le 11 avril 2019, le lieutenant de police actuellement en disponibilité remet le couvert et se dirige à nouveau vers une nouvelle histoire, sans Coste, mais pas sans nous surprendre. Direction Avalone, l’Aveyron.

 

Olivier Norek
Olivier Norek

Noémie Chastain est une policière retorse, à la sauce Capitaine Marleau, l’accent maroilles en moins. Et sa destinée est fixée dès le prologue de Surface : « Du sang partout. Beaucoup trop de sang. Et son visage. Dieu, ce visage ! Un massacre… » On vous laisse imaginer la suite. Sans trop en dire, les paris sont ouverts pour connaître ceux qui, dans le sixième chapitre de Surface, n’auront pas pensé immédiatement à une scène d’Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre. Anecdotique, au regard de ce que parvient à inventer Olivier Norek dans la suite de son récit, imposant encore une fois cette « touche Norek » avec laquelle on se régale livre après livre.

 

 

A chaque ouvrage, l’auteur né en 1975 dans cette belle Ville Rose parvient à surprendre. Par les thèmes, par les émotions, par les registres et les références. On savait toute la maestria de notre homme pour conserver ce rythme, cet allant tout au long de la lecture. On lui connaissait déjà son talent pour bringuebaler les lecteurs d’une émotion à l’auteur, d’une surprise l’autre. Mais Surface passe la démultipliée. On y trouve ce creuset social assumé et dépeint sans artefact dans lequel excelle Olivier Norek. On y trouve un registre comique qui ici prend forme avec cet inénarrable duo « Milk et Bousquet », et tous ces dialogues façon Audiard, simplement savoureux. On y trouve un travail visuel de la langue juste éblouissant : jugez-en avec ce chapitre 34 et cette alternance de points de vue, de situations et de personnages. Simplement incroyable ! On y trouve un attachement à cette France profonde et légendaire, avec le même brio que ce que l’on a perçu récemment dans le Chien-Loup de Serge Joncour. Qui a dit que le roman noir n’était pas au niveau des belles œuvres littéraires contemporaines ?

 

 

Olivier Norek se promène sur les territoires du roman noir en laissant des traces qui ne peuvent laisser indifférent le moindre lecteur. Avec Entre deux mondes, nous assistions, ébahis, au développement d’un polar qui prenait pour cadre la Jungle de Calais. Un polar qui, déjà, balançait ses lecteurs entre une tension propre au genre maîtrisée de main de maître et des émotions aussi diverses que profondes. De l’original en ces terres de littérature noire ! Avec Surface, Olivier Norek confirme et s’affirme comme l’une des plus belles plumes actuelles. Toutes catégories confondues. Il en faut pour mélanger les émotions, les registres et les situations. Il en faut pour évoquer toutes les difficultés du métier de policier aujourd’hui en France, il en faut pour parler de l’acceptation de soi avec une gueule ravagée par les risques du métier comme ils disent. Il en faut pour plonger des cohortes de lecteurs en fond de France et les mettre aux prises avec une enquête façon « Nos régions ont du talent ». Toute cette maîtrise, tout ce courage et, assurément, tout ce talent, Olivier Norek les réunit. Ce livre le met définitivement hors de la surface des écrivains lambdas.

 

 

 

Surface est, sans risque aucun, l’un des plus grands polars de cette année. Par ses dimensions sociales, humaines, géographiques et j’en passe, ce livre est un émeraude supplémentaire sur la couronne d’un auteur sacré, porté au plus haut dans cette caste privilégiée des « grands du roman noir ».

 


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