Interview d'Hervé Jourdain (Une femme sur écoute chez Fleuve Editions) : "L’écriture me permet effectivement de faire passer des messages."

Hervé Jourdain publie son dernier roman avec Femme sur écoute chez Fleuve Editions
Hervé Jourdain publie son dernier roman avec Femme sur écoute chez Fleuve Editions

Après avoir présenté Femme sur écoute, son dernier roman publié chez Fleuve Editions, Hervé Jourdain accorde un interview passionnant à Lettres it be. Découvrez également la critique de son dernier roman.

 

Une première question peu originale mais terriblement intéressante : pourquoi vous êtes-vous tourné vers l’écriture en parallèle à votre profession dans la police ?

 

 

J’ai l’habitude de dire que je ne me serais pas lancé dans l’écriture si je n’avais eu la chance de travailler dans la police. C’est peut-être parce que je suis amoureux de mon métier et que j’y vis des choses qui sortent de l’ordinaire que j’ai voulu faire partager cet univers au lecteur.  

 

 

Que ce soit Sang d’encre au 36 ou Femme sur écoute, vos romans font part de votre vécu professionnel. Est-ce finalement l’exutoire que vous avez trouvé pour extérioriser tout ce que vous pouvez connaître, de bon ou de mauvais, dans le cadre de votre profession de policier ?

 

Outre la volonté de partager, il y a peut-être effectivement une forme d’exutoire. L’envie d’écrire m’est venue lorsque je travaillais à la brigade des mineurs de Paris sur des sujets délicats. Aujourd’hui, je n’ai plus forcément besoin de « purger ». Et pourtant, le désir d’écrire reste toujours aussi vif. 

 

De fait, préférez-vous être lu en tant que policier ou en tant qu’auteur lambda ?

 

 

Mes premiers lecteurs ont été principalement policiers. C’est à eux que j’ai soumis mes manuscrits, avant de les diriger vers des éditeurs, tout simplement parce que j’avais besoin de leur reconnaissance. Avec le temps, j’ai tendance à prendre de plus en plus de liberté avec le réalisme, les personnages policiers et la procédure, au risque de fâcher certains de mes collègues. Au vu du succès de « Femme sur écoute », je pense être sur la bonne voie.

 

 

Le thriller et le roman policier rencontrent un succès croissant dans les librairies. Pensez-vous que des auteurs n’ayant pas l’expérience « du terrain » puissent édulcorer ou exagérer la réalité des faits que vous connaissez en tant que capitaine de police dans la « Crim’ » ?

 

 

Bien sûr. N’étant pas policiers, ils ne peuvent être strictement fidèles à un réalisme procédural qui leur lierait les mains. Il m’arrive de renseigner certains de mes confrères de plume sur les méthodes d’enquête. Mais je leur dis toujours que la liberté reste le plus grand atout de l’auteur. La grande majorité des lecteurs se moquent du réalisme. Ils sont surtout en recherche d’une ambiance, d’une atmosphère, d’un moment d’évasion. Ils se moquent de la réalité du mandat de perquisition ou non, ce qui les importe est de savoir ce que va entraîner la perquisition.

 

 

Lola est vraiment un personnage emblématique de Femme sur écoute. A travers elle et la représentation que vous en faîtes, vouliez-vous montrer le mal-être, et les excès qui s’ensuivent, qui peut habiter certains policiers aujourd’hui ?

 

 

Dans une recherche d’intensité dramatique, je voulais surtout créer un personnage incompris, isolé dans une institution qui ne laisse que peu de place à sa fragilité. Oui, elle est peut-être le symbole d’un mal-être qui existe d’ailleurs à tous niveaux dans le monde du travail. Ce qui m’a paru essentiel, c’est de dessiner une femme fragile qui doit se faire une place dans un monde d’hommes, un monde viril. 

 

Dans Femme sur écoute, vous mettez en lumière les relations troubles qui peuvent exister entre les policiers et pègre locale, mais aussi entre les représentants politiques et les délinquants du coin. Est-ce le moyen pour vous de dénoncer cela ?

 

 

Je ne suis pas un grand révolutionnaire mais il est vrai que l’écriture me permet effectivement de faire passer des messages. Au travers de ce roman, le lecteur s’apercevra que j’avais envie de dénoncer tout ce qui est de l’ordre du réseautage.

 

 

Dans votre livre vous parlez du quartier des Izards à Toulouse, plateforme reconnue du djihadisme à la française, vous parlez également d’Abou Bakr al-Baghdadi. Est-ce que la thématique du terrorisme, terriblement d’actualité, vous intéresse dans votre travail d’écrivain ? Pourquoi ?

 

 

Pour plusieurs raisons je n’écrirai pas sur la thématique du terrorisme. Mais je l’évoque en tant que fait de société car il n’est pas rare que les délinquants classiques versent dans la violence politique en mettant leurs « compétences » à profit du terrorisme.

 

 

Une idée pour votre prochain livre ?

 

 

Oui, il est déjà bien avancé, d’ailleurs. Je garde secrète la thématique générale mais je peux dire que le parc naturel des Ardennes sera central dans l’intrigue.

 

 

La question ultime : plutôt être un bon flic ou être un bon écrivain ?

 

 

J’espère que l’un n’empêche pas l’autre. En tout cas, l’un en vas pas sans l’autre pour moi, et je vis ces deux métiers avec passion. 


Questions bonus

Des questions un peu plus légères pour en savoir plus sur Hervé Jourdain l’homme et Hervé Jourdain l’écrivain

 

 

-          Le livre que vous aimez en secret ?

 

La grande course de Flanagan, un roman épique sur une épreuve de course à pied aux Etats-Unis dans les années 30.

 

- Un livre dont vous ne comprenez pas le succès ?

 

La Bible.

 

-          Votre passion un peu honteuse ?

 

Le football. Je suis tombé dedans très petit et l’un de mes fils ne m’aide pas beaucoup à m’en défaire.

 

 

 

 

 

-          Le livre que vous offririez à votre pire ennemi ?

 

L’un de mes romans. Comprendre les autres permet de se rapprocher.

 

-          La première mesure du Président Jourdain ?

 

Mettre en place un plan national de lutte contre l’illétrisme. 

 

- Stylo ou pistolet ?

 

Flic sédentaire, j’ai rangé mon arme. Je suis plutôt clavier. Mon plus fidèle compagnon est un ordinateur.

 

-          Une anecdote de flic ?

 

Plein mais je les garde pour nourrir mes romans.

 

-          Plutôt gagner un marathon ou gagner un prix littéraire ?

 

 

La question est épineuse. A 45 ans, gagner un marathon devient compliqué. Par contre, le gagner sur le papier ne me paraît pas impossible. Je ne désespère pas d’écrire, prochainement, un roman sur cette thématique même si littérature et course à pied ne sont pas les meilleurs amis du monde. 

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