Interview de Cédric Gras (Saisons du voyage chez Stock) : "Certains voyagent, d'autres cultivent leur jardin"

Saisons du voyage est le nouveau livre de Cédric Gras publié aux éditions Stock
Saisons du voyage est le nouveau livre de Cédric Gras publié aux éditions Stock

 

 

Avec ses éblouissantes Saisons du voyage à retrouver du côté des éditions Stock, Cédric Gras revient en lettres et en phrases sur son amour pour l'ailleurs. Lettres it be en a profité pour aller lui poser quelques questions.

 

Bonjour et merci de prendre part à cette interview pour Lettres it be. Tout d’abord, une question terriblement basique mais indispensable : qui êtes-vous Cédric Gras ? Que faisiez-vous avant de vous lancer dans l’écriture ?

 

J'ai fait des études de géographie juqu'à une thèse avortée qui s'est muée en plusieurs livres sur la Russie. L'université m'avait un peu déçu. En tous les cas, je ne me sentais pas fait pour une carrière académique. La littérature m'attirait. C'est à travers elle que je voulais parler de mes voyages. Côté professionnel, j'ai travaillé à l'ouverture et à la direction de plusieurs Alliances française en en Russie et en Ukraine. Cette aventure dans les enjeux de la francophonie était passionnante.

 

 

Vous revenez en librairie avec Saisons du voyage, votre nouvel ouvrage publié aux éditions Stock. Une fois encore, vous invitez vos lecteurs au voyage dans un récit peut-être plus personnel que vos précédents livres. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la génèse de ce livre, les raisons qui ont pu vous pousser à l’écrire ?

 

 

On m'a beaucoup reproché de ne pas assez parler de moi. Je ne le faisais pas car ce qui m'importait plus que tout, c'était de raconter les pays et régions que je traversais. Mes précédents livres étaient consacrés à des territoires ou des thématiques particulières, que j'explorais. Cette fois-ci, c'est un propos sur ce qu'est le voyage de nos jours. J'ai choisi de l'illustrer par mon parcours. C'était effectivement l'occasion de livrer quelques passages plus personnels. Certains l'ont qualifié de « Mémoires » mais je n'ai que 36 ans ! J'ai écrit ce livre car j'en ai assez de constater que le voyage est totalement sacralisé dans notre société. Je voulais dire qu'on peut s'ennuyer au loin, être déçu comme être enchanté. Je voulais discuter avec moi-même de mes souvenirs sur les routes.


Dans votre livre, vous tapez du poing sur la table au sujet de notre perception des peuples et des territoires inconnus, en premier lieu concernant la Russie. Vous écrivez « On ne peut pas aveuglément prendre chaque fois partie pour celui qui se trouve le plus à l’ouest ». Pensez-vous que notre vision de la Russie, entre autres pays, soit définitivement tronquée ?

 

Le voyage est indissociable de l'exotisme. C'est même ce qui le motive. Dans une langue plus simple on dirait « stéréotype, clichés ». L'exotisme, cela peut-être les plages de sables blancs avec des cocotiers ou la mafia et la vodka. Dans tous les cas, il s'agit d'un imaginaire collectif. En ce qui concerne la Russie, que peu de monde visite par ailleurs, il y aussi une politisation omniprésente et négative. Rares sont les gens qui font l'effort d'aller explorer le point de vue des Russes. Ce qui ne signifie d'ailleurs pas qu'il faille l'adopter.

 

 

Vous nourrissez d’ailleurs une véritable passion pour ce pays. Comment est né cet engouement qui vous guide encore aujourd’hui dans vos périples ?

 

J'en parle dans Saisons du voyage. C'est la langue russe qui m'a retenu dans ce pays. La langue et donc la culture qui va avec, en conséquence tout un peuple. Il y avait aussi les grands espaces, grandioses et garants d'une certaine tranquillité pour le voyageur. Sans parler du passé. Toutes les histoires de tous les pays ne sont pas égales. Le 20ème siècle russe a été absolument terrifiant d'utopie, de dictature, de drames et de création. Il imprègne le présent, il conditionne le futur. La Russie est un pays différent à tous points de vue. Même économiquement.

 

 

Un passage extrêmement marquant de votre livre concerne votre traversée en compagnie de Tibétains forcés de vous bander les yeux, brûlés par le froid. Le voyage au bout du monde, un voyage d’abord au bout de soi ?

 

 

Brûlés par le soleil se réfléchissant sur la neige. C'est une ophtalmie bien connue des alpinistes.  Oui dans ces années-là, j'avais 20 ans, l'effort était important pour moi. J'expose dans ce livre l'idée du voyage comme rite de passage, dans nos sociétés occidentales. Bien sûr que franchir des obstacles, arriver à bout de certains défis relève de cette initiation. Cela dit je pars cet été tenter l'ascension du pic Lénine (7100m)... Mais cette fois-fois, c'est pour aller sur les traces d'alpinistes soviétiques dont j'écris l'histoire.

Découvrez la chronique Lettres it be pour Saisons du voyage de Cédric Gras publié aux éditions Stock
Découvrez la chronique Lettres it be pour Saisons du voyage de Cédric Gras publié aux éditions Stock

Quel est l’enseignement principal que vous retenez de tous vos voyages ? Quel est l’encouragement que vous pourriez donner à tous ceux qui n’osent encore franchir le pas du voyage ?

 

La réponse à cette question se trouve dans la lecture de Saisons du voyage ! Quant à ceux qui n'osent pas, nul besoin de se forcer. Certains voyagent, d'autres cultivent leur jardin et connaissent des existences pas moins passionnantes.

 

 

Déjà une idée pour votre prochain livre ?

 

 

Comme je le disais, j'écris la vie de deux frères qui ont été les légendes de l'alpinisme en Russie. C'est une histoire qui dépasse la fiction. Je fais beaucoup de recherches à ce sujet.


Questions bonus

 

Passons maintenant à des questions un peu plus légères pour en savoir plus sur Cédric Gras l’homme et Cédric Gras l’auteur :

 

Le livre à emporter sur une île un peu déserte ?
Le livre qui m'a le plus marqué ces derniers temps est La vie d'Arseniev d'Ivan Bounine.

 

Le film que vous pourriez regarder tous les jours ?
Aucun. J'ai un rapport parcimonieux à l'image. Le bon cinéma est plus rare que la bonne littérature.

 

Le livre que vous aimez en secret ?
Le dictionnaire.

 

L’auteur avec qui vous voudriez discuter autour d’une bière ?
Andreï Makine. J'ai été conquis par L'archipel d'une autre vie.

 

L’auteur que vous n’auriez pas aimé être ?
Il y en a tant !

 

Vous ne devez écouter plus qu’une seule musique. Laquelle ?
Le chant de la nature. Non que je n'aime pas la musique mais les morceaux en boucle, c'est l'asile assuré !

 

Le livre que vous offririez à un inconnu / une inconnue ?
Tout sauf les miens.

 

La première mesure du Président Gras ?
Avec un tel patronyme, l'élection ne sera pas aisée !

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