Interview de Line Papin ("Toni" chez Stock) : "Passer de la virtualité de l’écriture à la réalité de l’édition est une aventure géniale"

Line Papin publie Toni, son deuxième roman chez Stock
Line Papin publie Toni, son deuxième roman chez Stock

 

Lettres it be vous parlait il y a peu de temps du second roman de Line Papin, Toni publié chez Stock. Nous avons eu la chance de poser quelques questions à l'auteure pour en savoir plus sur son rapport à l'écriture, ses romans et bien d'autres choses encore.

 

Bonjour et merci de prendre part à cette interview pour Lettres it be. Tout d’abord, une question terriblement basique mais indispensable : qui êtes-vous Line Papin ? Que faisiez-vous avant de publier votre premier roman chez Stock, L’éveil ?

 

Je suis née à Hanoi en 1995 ; j’y ai grandi jusqu’à l’âge de dix ans puis je suis arrivée en France. J’ai toujours eu une passion pour la littérature et le cinéma. Après le baccalauréat, j’ai fait des études de lettres en classe préparatoire à Fénelon (hypokhâgne khâgne) puis après le concours de l’Ecole Normale Supérieure, j’ai étudié l’Histoire de l’Art deux ans, à la Sorbonne. C’est à ce moment là que j’ai publié L’Eveil.

 

 

Votre premier roman a fait l’objet d’un intérêt certain du côté des critiques littéraires. Vous avez même obtenu plusieurs prix comme le Prix de la Vocation ou encore le Prix du Premier Roman de la revue Transfuge. En tant que jeune auteure, comment avez-vous vécu cette reconnaissance soudaine dès la sortie de votre tout premier livre ?

 

C’était très impressionnant pour moi ; je ne connaissais pas du tout le monde littéraire « physique. » Je lisais énormément et connaissais bien le monde de la littérature mais pas celui de l’édition, disons, et du journalisme. Passer de la virtualité de l’écriture à la réalité de l’édition est une aventure géniale. Cela permet de rencontrer ses lecteurs et de voir que son texte a une vie aussi après, indépendante, à lui. Il ne vous appartient plus.

 

 

Vous revenez donc avec Toni, l’histoire d’un garçon un peu comme les autres mais dont la destinée va prendre des tournures inattendues. Comment avez-vous construit ce personnage ?

 

 

Ce personnage a toujours été là, avec moi. Je me suis inspirée de ma propre enfance, de ma propre adolescence, de mes liens familiaux et amicaux, mais aussi des rencontres que j’ai faites. Toni porte le nom d’Anton, un garçon qui a existé. C’est un personnage qui me paraît réel, créé à partir de multiples expériences.


 

Dès l’ouverture de Toni, vous catapultez le lecteur au Castel d’A**, une grande résidence où se noue les souvenirs de jeunesse et les histoires de famille. Qu’est-ce qui a pu vous pousser à utiliser cette maison comme le lieu de l’enfance rêvée qui se perd ?

 

J’aime beaucoup l’idée de la maison familiale, où l’on passe Noël, où l’on retrouve les grands parents et les cousins. C’est un lieu où l’on se retrouve tous mais que chacun vit à sa manière, selon son âge. Il y a les histoires de famille, les jeux entre enfants. C’est une bulle chargée d’histoires et d’émotions. Toni commence donc au Castel d’A**, dans cette bulle alors protectrice, avant que le personnage ne soit catapulté dans le monde réel — celui des autres. C’est l’enjeu du livre : sortir de sa bulle, de son imagination, et savoir vivre avec, et avec les autres.

 

 

On pense d’ailleurs au château de la Buzine cher à Pagnol, et à bon nombre d’endroits dépeints comme vous le faîtes pour symboliser l’enfance. Quels sont les auteurs qui ont pu vous inspirer durant l’écriture de votre roman, pour cet aspect ou pour d’autres ?

 

 

Je n’ai pas été inspirée directement par des livres. Mais j’ai lu Gracq, Hesse, Mann, Goethe, Dickens, Golding, Kundera, Kerouac, Fallada, Roth… C’est peut-être un mélange de tout cela, et de mes expériences réelles.

Découvrez la chronique Lettres it be pour Toni de Line Papin publié chez Stock
Découvrez la chronique Lettres it be pour Toni de Line Papin publié chez Stock

 

La plus grande partie de votre histoire se passe dans un Berlin underground, un Berlin de la nuit et des discrets excès. Avez-vous tiré profit de votre propre expérience pour raconter tout cela ?

 

Oui, c’est un milieu qui m’a fascinée à une époque, car j’y découvrais un autre monde, un monde souterrain justement. Dans l’espace de la ville et de la vie active, il y avait des lieux comme ça, et des heures comme ça, que l’on pouvait dérober pour danser, oublier, vivre une sorte de vie alternative, où tout le monde se mêle dans le noir, sans visage. C’était cela : des endroits qui ne sont pas des lieux, des nuits qui n’ont pas d’heure, des gens qui n’ont pas de visage. Je l’ai écrit dans Toni parce que ça m’a plu, cette abstraction.

 

 

Vous décrivez l’existence d’une bande de jeunes d’aujourd’hui et pourtant, ces jeunes semblent si loin dans leur façon de vivre (pas de réseaux sociaux, pas de téléphones à outrance etc.) Est-ce que la jeunesse d’il y a 20 ans est encore un peu la même que celle d’aujourd’hui ?

 

Je pense que oui. Les réseaux, les téléphones, ce sont des outils, des objets. Alors bien sûr, ça change notre manière de considérer les relations sociales ou bien l’image de soi, mais ça ne change pas nos sentiments, nos émotions. Nous avons des outils différents mais nous sommes les mêmes « jeunes » qu’il y a vingt ans — des personnes qui grandissent et font face à l’extérieur comme ils peuvent — deviennent adultes. C’est pourquoi le livre ne s’adresse pas à une « tranche d’âge » mais à tout le monde, c’est ce que je souhaite en l’écrivant, en tout cas.

 

 

Toujours par rapport à cette idée, votre livre n’est-il pas aussi un appel du pied aux jeunes d’aujourd’hui, ces jeunes qui n’ont jamais été aussi connectés mais qui ne se sont peut-être rarement aussi peu retrouvés « en vrai » ?

 

Peut-être. C’est peut-être un appel à l’émotion, oui, à la vérité de ce que l’on ressent et que l’on devrait dire.

 

 

Déjà une idée pour votre prochain ouvrage ?

 

 

Oui mais très floue encore ! 


Questions bonus

 

Passons maintenant à des questions un peu plus légères pour en savoir plus sur Line Papin la femme et Line Papin l’auteure :

 

- Le livre à emporter sur une île un peu déserte ?

Anna Karénine de Tolstoï parce que c’est une aventure fabuleuse, et suffisamment longue pour vous accompagner sur cette île …

 

- Le film que vous pourriez regarder tous les jours ?

Un film de Cassavetes. Sans doute Shadows.

 

- Le livre que vous aimez en secret ?

Je n’ai pas de livre secret, je parle plutôt sans honte des livres que j’aime.

 

- L’auteur avec qui vous voudriez discuter autour d’une bière ?

Milan Kundera, j’ai tellement d’admiration pour son travail.

 

- L’auteur que vous n’auriez pas aimé être ?

Je n’ai pas ce genre de ressentiment ou de crainte. Et puis je crois que l’on n’a pas le choix, on ne peut être que soi-même.

 

- Ecrire en écoutant une musique. Laquelle ?

Beaucoup, différentes, selon le texte que l’on écrit. Musique classique, électro, jazz, disco, variétés françaises, rap… Je suis vraiment curieuse de tout. Mais peut-être éviter les chansons à textes lorsque l’on écrit : leurs paroles peuvent se confondre avec les vôtres.

 

- Votre passion un peu honteuse ?

Je les assume assez bien aussi.

 

- Le livre que vous auriez aimé écrire ?

Le prochain.

 

- Le livre que vous offririez à un inconnu ?

J’en offre plutôt à mes amis, je ne sais pas du tout ce que j’offrirais à un inconnu.

 

- La première mesure de la Présidente Papin ?

 

Ce n’est pas du tout dans mon programme ! Mais sans ordonner de mesure, il y a beaucoup de choses à faire, avec sa propre volonté, à travers différentes associations. C’est une bonne chose de se tenir au courant de ce qui se passe autour de nous et d’essayer d’agir à notre échelle. Je m’efforce de le faire de plus en plus, en bénévole plutôt qu’en présidente.

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