"Iboga" de Christian Blanchard : sous les barreaux, la rage

Iboga est le premier roman de Christian Blanchard publié chez Belfond
Iboga est le premier roman de Christian Blanchard publié chez Belfond

Iboga. Un mot intriguant, une couverture qui évoque le sang couleur « terre d’ombre » et le noir du mal, une police d’écriture peu rassurante qui pousse à imaginer que la peur loge supposément à chaque page, les mots de Karine Giébel qui attestent de la qualité de l’ouvrage comme l’adoubement de l’une des papesses du genre, une quatrième de couverture qui termine d’attiser le feu de nos espoirs … Le dernier livre de Christian Blanchard publié chez Belfond a de quoi séduire au premier abord. Mais qu’en est-il une fois la première page tournée ? Lettres it be vous dit tout.


 

# La bande-annonce

 

 

28 octobre 1980. Jefferson Petitbois, condamné à la peine de mort, est incarcéré à la maison d'arrêt de Fresnes. Pour rejoindre sa cellule dans le couloir de la mort, il croise la « Louisette ».

 

« Comme un outrage à la dignité humaine, un doigt d'honneur à la vie, la guillotine trône au milieu de la cour. »

 

Accompagné de deux gardiens, il la frôle et sent son odeur de graisse et de limaille.

 

« Dix-sept ans ! Suffisamment grand pour tuer donc assez vieux pour mourir... »

 

Deux ans auparavant, Jefferson avait rencontré Max, son protecteur et mentor. Iboga était alors entré en lui. Iboga l'avait rendu plus puissant. Immortel. Meurtrier.

 

« Une fois, Max m'a dit quelque chose que j'ai compris plus tard : Si tu commences à mentir, mec, tu seras obligé de le faire tout le temps et tu seras piégé un jour parce qu'il y aura des incohérences, des trucs qui n'iront pas ensemble. En revanche, si tu dis la vérité, tu ne seras jamais mis en défaut. »

 

J'ai dit la vérité aux flics, avocats, juges et jurés. J'ai pris perpète et failli avoir la tête tranchée.

 

 

Ce livre raconte la vérité... La vérité selon Jefferson Petitbois... Un homme trop jeune pour mourir.

 

# L’avis de Lettres it be

 

 

Retour derrière les barreaux avec Iboga,  après Se trahir de Camille Espedite (dont l’interview pour Lettres it be est disponible depuis peu) qui avait véritablement conquis notre cœur. Christian Blanchard revient donc à sa thématique maîtresse qui n’est autre que celle de l’enfermement, qu’il soit psychique ou physique, mental ou spirituel. Un nouveau périple  derrière les barreaux s’engage donc, cette fois en compagnie du fictionnel Jefferson Petitbois, jeune homme de 17 ans, condamné à mort, condamné à une dernière danse avec la « Louisette ». Une fois encore il est question de prison comme dit précédemment, une fois encore nous croisons le chemin de la guillotine chère à Christophe Bigot dans son dernier livre Autoportrait à la guillotine. La véritable nouveauté viendra de l’axe narratif et du schéma choisis par Christian Blanchard. Attention, secousses en vue …

 


Christian Blanchard
Christian Blanchard

Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, La ligne verte de Stephen King ou encore Un Prophète réalisé par Jacques Audiard, 12 hommes en colère par Sidney Lumet … Impossible, à la lecture de ce livre, de ne pas croiser les différents récits carcéraux rencontrés sur écran ou sur page. Christian Blanchard semble également s’être nourri de toutes ces différentes inspirations pour livrer un roman angoissant d’étroitesse tant la vie en cellule est parfaitement retranscrite. Mais le véritable tour de force est à chercher du côté du rapport entretenu entre le lecteur et le personnage central du roman. Celui que tout désigne comme le parfait salaud devient, page après page, l’élément de notre empathie, l’objet de notre compassion. On s’enjoue de sa grâce présidentielle, on s’émeut de cette sortie de prison qui s’éloigne indéfiniment. Difficile de ne pas se surprendre à s’interroger sur le bien-fondé de nos jugements initiaux lorsque les présentations sont faites et entretenues avec ce Jefferson Petitbois. S’en suivent les bien tristes péripéties de Jefferson, ses rapports tantôt terriblement humains tantôt terriblement atroces avec les matons, sa relation avec son avocate etc. On court le plus vite possible vers le précipice que l’on a si tôt imaginé. Mais quelle course !

Image tirée du film Un Prophète de Jacques Audiard (août 2009)
Image tirée du film Un Prophète de Jacques Audiard (août 2009)

 

Finalement, on regretterait presque cette légère dimension occulte donnée timidement à ce livre. L’iboga, véritable arbuste que l’on trouve du côté de l’Afrique équatoriale et qui peut, à haute dose, créer d’importants effets hallucinatoires, devient ici ce par quoi le mal a pu/est arrivé. La si brillante retranscription de l’enfermement et du calvaire carcéral vécu par Jefferson auraient largement pu nourrir à eux-seuls ce roman. Un petit bémol donc, mais qui ne vient absolument pas ternir un avis globalement très positif pour ce premier roman de Christian Blanchard publié chez Belfond après 6 autres ouvrages laissés aux Editions du Palémon. Un auteur à suivre, inévitablement. 

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Commentaires: 1
  • #1

    Missambo (mercredi, 14 mars 2018 08:58)

    Honte à vous de trainer dans la boue une plante patrimoine culturelle nationale de la république gabonaise. L'iboga est sacrée au Gabon monsieur, au même titre que Jésus, Moïse, Bouddha etc... dans d'autres cultures. L'iboga est le pilier culturel de toute une nation que vous insultez par votre ignorance. N'avez vous pas fait un minimum de recherches avant d'oser attribuer à l'iboga une si sombre histoire ? Avez vous déjà seulement rencontré les peuples utilisant l'iboga dans leurs pratiques coutumières ? Vous ne faites que nourrir le racisme primaire pullulant en Europe. Honte à vous Monsieur BLANCHARD ! Le peuple gabonais vous maudit !